Tribute to the Sales Bêtes

Eric SANSAULT - Si c'est Aussie j'y vais aussi !

14 août 2009

Chacun ses goûts ...

Je viens de traverser Boulia et je longe la Burke river en direction de Bedourie. J’ai planté le camp dans le bush et fait des photos du coucher de soleil avant de dîner. Pendant que les nouilles cuisaient, un petit agamidé (Tympanocryptis tetraporophora) est venu me dire bonsoir. Très docile, il s’est laissé prendre en photos durant quelques minutes.

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Tympanocryptis tetraporophora vers Bedourie, Qld.

La route jusqu’à Windorah va être longue, il le faut si je veux arriver à la fin de l’hiver, et j’espère passionnante.

Si j’écris ce soir, c’est parce que j’ai eu cette idée de dire quelques mots sur le côté artistique de la photo nature. En règle générale, la nature c’est le bordel. Il y a toujours une branche qui gène, les arrières plans ne sont pas toujours esthétiques, sans parler des problèmes d’éclairage.

Alors, on peut modifier certains éléments du décor : enlever la branche qui gène discrètement ou à la nuit tombée, ne pas hésiter à « balayer » entre le sujet et l’objectif afin d’éviter les reflets disgracieux causés par une feuille ou une brindille.

Pour les arrières plans, c’est plus compliqué, il faut parfois changer complètement d’angle de prise de vue, ce qui implique de devoir parfois attendre des heures avant d’obtenir une bonne lumière. Par exemple, vous voyez un matin quelques oiseaux prendre leur bain au bord d’une mare et vous décidez de faire des photos. La lumière du matin n’est pas trop dure, vous tournez le dos au soleil et avancez à plat ventre dans la boue centimètre par centimètre. Arrivé à bonne distance, vous vous rendez compte que certaines pierres sont très proches et trop présentes dans l’image. En se plaçant de l’autre côté, le problème est résolu, mais il faut attendre des heures que le soleil tourne. Une meilleure observation aurait permis d’anticiper et de gagner du temps. En général, cette préparation se fait avant de s’installer et permet de penser son image avant de la faire mais aussi de mieux utiliser son matériel. Choisir sa focale à l’avance évite de transporter trop de matos. À quoi bon prendre le multiplicateur si on peut s’approcher très près, et, si le décor est propice, on peut prendre un objectif grand angle afin d’avoir une vue globale de la scène.

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En emportant uniquement le nécessaire, on peut réagir plus rapidement et moins déranger l’animal. En témoignent ces deux images prises à quelques secondes d’intervalle, l’une au 300mm et l’autre au 20mm.

J’aime bien cette notion un peu théâtrale de la photo de nature, car commencer à penser son image, choisir le bon objectif et le bon angle de prise de vue, cela revient à préparer la scène sur laquelle les acteurs vont venir jouer.

Attention, je ne parle pas d’installer un affût des jours en avance ou de planter une branche pour attirer des piafs. C’est encore plus simple que ça, il suffit parfois de se déplacer de quelques centimètres pour faire oublier une clôture électrique ou un bouchon de bouteille qui traîne par terre.

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Souvent on sait que c’est moche, mais on fait la photo pour le souvenir …

Cela demande quelques capacités d’observation ainsi qu’un certain sens esthétique (ou un sens esthétique certain, c’est encore mieux) et cela fait la différence entre une photo de merde et une photo moins de merde.

Enfin, le plus important, je l’écris afin de ne pas l’oublier moi aussi, si rien y fait, si la scène est hideuse et la lumière pourrie, pourquoi déclancher ?

Être un bon photographe c’est aussi savoir quand de pas déclancher. Et croyez-moi, c’est dur, très dur, surtout quand on visite un nouveau pays. Trop souvent le jeu des acteurs est si bon qu’on en oublie que le décor est à chier. Alors on shoot, on fait 10, 20, 30 images et, le soir, à l’heure de l’éditing on supprime les 10, 20, 30 images pas assez esthétiques.

L’esthétique, c’est aussi une question de point de vue. Certains diront : « Ah bon ? Tu trouves ? Non, j’aime bien moi, le fil barbelé en arrière-plan. Ça fait Auschwitz. » ou encore : « Meueueu non, on la voit pas la bouteille de Coca ! Et pis c’est la nature, faut faire avec, hein ! ».

On peut aller loin comme ça. Certains, et cela rappellera des souvenirs à au moins une personne qui, si elle se reconnaît, pourra poster un petit commentaire en souvenir de l’époque où je venais l’embêter dans son bureau avec mes questions d’étudiant à deux euros. Certains disais-je, avant d’être grossièrement interrompu par moi-même, poussent le mauvais goût jusqu’à faire des photos d’animaux morts (en l’occurrence d’insectes) en les mettant en scène afin de les faire passer pour plus vivants qu’ils ne le sont. Quelle rigolade de s’amuser à chercher les trous d’épingle dans les élytres de tel ou tel coléoptère !

Quant à celles et ceux qui ont encore des doutes sur leur sens du beau, qu’ils aillent visiter un cabanon de chasse. Si l’alternance renard mort, belette morte, chevreuil mort sur fond de plancher en chêne verni et moquette verte réveille le poète qui sommeille en eux et rend telle zone de leur anatomie plus dure ou telle autre plus humide, qu’ils laissent tomber la photo et se lancent dans le canevas.

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Une jolie scène, un milan noir se pose pour boire à proximité d’un ibis falcinelle sous une chaude lumière de fin d’après-midi. Malheureusement, la clôture en arrière plan vient tout gâcher.


Posté par acanthophis à 09:27 - Technique - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

22 février 2009

Un peu de technique ...

Amis du soir, bonsoir !

une fois n'est pas coutume - je marque tout de suite une pause pour vous signaler que le message que vous êtes en train de lire risque d'être fourni en expressions et lieux communs aussi débiles et lourds les uns que les autres. Pourquoi ? Parce que si on te le demande tu diras que tu sais pas !
Une fois n'est pas coutume, disais-je, nous allons parler de technique.
Plus précisément, JE vais parler de technique, de technique photographique. J'insiste sur le "JE" car c'est en réalité moi qui vais parler et vous qui allez m'écouter - ou me lire, et oui, nouveauté 2009 : le blog est désormais sous-titré pour les sourds et les malentendants. Quant aux aveugles, il vous faudra investir dans écran en Braille, si vous allez sur eBay, peut-être pourrez-vous en voir (pouf pouf).
Rassurez-vous donc, vous allez rester passifs. Assis comme des larves devant votre écran, à passer vos journées sur FaceBook, essayant vainement d'installer la paix de le monde en demandant à des inconnus :"Tu veux être mon ami ?", alors que lorsque vous croisez votre coiffeur dans la rue, vous changez de trottoir. Après tout, on a pas gardé les cochons ensemble.

Bon ok, je n'y connais pas grand chose en photo mais il y a une chose que j'aime faire pour aborder un sujet sous un autre angle, c'est tout simplement de changer d'angle.
Panique pas Gilbert, arrête de brailler, je t'explique :
En macrophotographie, on utilise communément un objectif dit "macro", qu'il soit de focale 60, 105 ou encore 200 mm. On peut compléter le système avec un jeu de bagues-allonges, ou un soufflet qui permettent, par augmentation du tirage, de se rapprocher au maximum du sujet. En effet, chaque objectif est caractérisé, entre autres, par sa distance de mise au point minimum. En dessous de cette distance "objectif/sujet", la mise au point est impossible, c'est mécanique.
Les objectifs "macro" ont une distance de mise au point minimum plus faible que les autres types d'objectifs de même focale. Ce qui permet la mise au point même lorsqu'on est très proche du sujet. Mais il arrive que l'on veuille encore de rapprocher du sujet, soit parce que la bestiole est vraiment petite, soit parce que l'on souhaite photographier un détail. Dans ce cas on peut utiliser le matériel cité plus haut.
Par exemple, cette photo de papillon a été prise avec un objectif "macro" de 105 mm (distance de mise au point mini d'environ 30 cm) auquel a été ajouté un jeu de trois bagues-allonges qui ont permis de réduire la distance de MAPM à environ 5 cm.

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Demi-deuil - Melanargia galathea. Nikon D200 - Sigma 105 mm f:2,8 - Extension Tubes Kenko - 2 flash Nikon SB800.

Cette méthode de prise de vue est la méthode de macrophoto classique. Esthétique, efficace, c'est aussi un moyen d'apprendre à être patient, de travailler ses éclairages (au flash le plus souvent). C'est aussi une voie ludique pour aborder la photo de nature, puisqu'il suffit d'un simple objectif macro et d'un bout de verdure (jardin, parc urbain, proche campagne) pour faire des photos sympa. Pas besoin d'aller très loin. Cette photo de charançon, par exemple, a été prise dans un placard de mon appartement à Tours. L'animal se baladait sur la vitre de la cuisine, il a suffit d'une plante d'intérieur et d'un T-Shirt noir pour le fond, et hop, c'est dans la boîte. Si je vous avais dit que la photo avait été réalisée dans une forêt tropicale du Costa-Rica, vous n'y aurez vu que du feu !

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Charançon. Nikon D200 - Sigma 105 mm f:2,8 - Extension Tubes Kenko - 2 flash Nikon SB800.

Si désormais vous souhaitez présenter l'animal dans son milieu, vous pouvez faire de la macro ... au grand angle.
Cela peu paraître paradoxal, mais en fait c'est plutôt génial d'un point de vue esthétique et carrément intéressant d'un point de vue journalistique !
Par contre, vous avez bien compris que le matos sus-cité est inadapté pour ce genre de prise de vue. Là, on parle de grand angle, il faut donc un objectif ... grand angle ("Mais où va-t-il chercher tout ça !").
Un objectif grand angle (objectif zoom ou de focale fixe) possède une focale comprise généralement entre 10 et 30 mm. Il existe des "focales fixes" de 14 mm, 20 mm, (etc ...) et des zooms de type 10-20 mm ou encore 14-24 mm, (etc aussi...).
Cet accouplement de crapauds communs a été pris avec un zoom 18-70 mm à la focale de 27 mm. L'animal est intégré à son environnement et l'action est mise en valeur par l'éclairage.

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Crapaud commun - Bufo bufo. Nikon D200 - 18-70 mm - deux flash SB800.

Deux avantages de ce genre d'optique sont, d'une part, la distance de MAPM généralement très faible (autour de 20 cm) et d'autre part, la très grande profondeur de champ. Cela permet de s'approcher au plus près d'animaux de petite taille tout en gardant un arrière plan net et détaillé. Et là, difficile de vous faire croire que ce Pseudocéraste de Perse a été pris en photo dans mon placard !

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Pseudocéraste de Perse - Pseudocerastes persicus. Nikon D300 - 18-70 mm à 18 mm.

A bon entendeur ...

Posté par acanthophis à 05:52 - Technique - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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