06 août 2009
Sur les traces des premiers explorateurs.
Je quitte la rivière Alexandra et ses wallabies, ses grues, ses moustiques et ses crocodiles et me dirige vers Burketown, prononcez « Beurk – town ». Je n’irai pas plus loin dans l’humour de bas étage car je viens de faire un constat alarmant : plus je
me relis et plus je trouve que le niveau baisse … L’article « pipi-caca » de la semaine dernière me met face au mur. Je me dois, et je vous dois, de réagir.
C’est pourquoi cette semaine nous allons faire un peu d’histoire. Et, puisque je suis actuellement en Australie, pourquoi ne pas parler des premiers explorateurs … de l’Australie ! Bah oui, facile, j’ai la doc sous les yeux !
C’est ainsi qu’en 1858, vit le jour une expédition financée par deux importantes société d’import-export et impliquant une vingtaine d’hommes de 5 nationalités différentes. Le gouvernement australien mit à disposition de l’équipe pas moins de 26 dromadaires pour les aider à réaliser leur incroyable aventure : traverser l’Australie du Sud au Nord.
Le groupe d’hommes, mené par Robert Burke et William Wills, devait partir de Melbourne, traverser le New South Wales, atteindre Birdsville, dans le Queensland, pour enfin remonter jusqu’à Normanton, dans le golfe de Carpentaria. Tous ces hommes étaient policiers, soldats, scientifiques, artistes, matelots, bûcherons ou encore cuisiniers ou bouchers. Aucun n’était né en Australie et aucun n’avait connaissance de l’incroyable hostilité de l’environnement qu’ils allaient traverser.

En arrivant dans le Golfe de Carpentaria, Burke et Wills ont dû se dire : « Au fait, t’as pris la crème solaire ? »
Au début du mois de Février 1861, dans la région de Normanton, la mousson battait son plein et la température moyenne était de 50°C. L’expédition établit le Camp 119 et, alors que King et Grey étaient restés sur place avec le matériel et les dromadaires, Burke et Wills décidèrent de partir avec un cheval et trois jours de nourriture afin d’atteindre l’océan.
Pressés, trop pressés, d’arriver sur la côte nord, les deux hommes ne suivirent pas la route prévue. Marais salant à perte de vue, mangroves inextricables et vasières immenses furent autant de barrières qui se dressèrent contre eux. Il leur était impossible d’atteindre leur but. La déception de Burke se ressent dans les rares lignes qu’il ajouta à son journal de voyage : « … j’aimerai pouvoir dire que nous avons atteint l’océan, mais il nous est impossible d’apercevoir le moindre parcelle de mer bien que nous ayons fourni tous les efforts pour y parvenir. »
Quittant le Camp 119, il ne restait plus aux quatre hommes que très peu de vivres et, en mars, ils ne se nourrissaient plus que de viande séchée. Grey fut le premier à mourir, 130 kilomètres avant d’arriver au dépôt de Cooper Creek. Ses trois compagnons étaient tellement à bout de force qu’ils mirent une journée entière pour l’enterrer.
Arrivés à Cooper Creek, Burke, Wills et King apprirent que Brahe, qui les avait attendus avec trois autres hommes, venait de périr neuf heures plus tôt.
Le reste de l’expédition, de plus en plus faible, trouva un peu d’aide auprès de peuplades aborigènes qui leur expliquèrent l’utilisation du nardoo, une plante locale. En Juin, le groupe s’était intoxiqué et souffrait du « beri-beri », faute de savoir correctement préparer le nardoo qui, brut, est fortement concentré en thiaminase. Partants chercher de l’aide chez les Aborigènes, Burke et King laissèrent Wills avec le peu de provisions qu’il leur restait. Mais Burke décéda deux jours plus tard et, quand King fut de retour au camp, il trouva Wills, mort également.
King fut recueilli par des Aborigènes et finalement retrouvé par une expédition de secours.

Carte érigée à l’emplacement du Camp 119 et montrant les différentes étapes depuis Melbourne.
Aujourd’hui, j’ai marché sur les traces de ces aventuriers de l’extrême. Je suis allé au Camp 119, j’ai vu ce que ces hommes ont bâti, j’ai lu leur histoire extraordinaire et tragique.
Puis j’ai roulé à 100 km/h sur les pistes en écoutant du Led Zep, avec mes lunettes noires et mon eau fraîche. Les temps changent.

Dromadaire moderne …
01 août 2009
Direction la côte Nord.
Ola, plus de 15 jours sans écrire, faut se ressaisir mon garçon ! Remarque, j’arrive quand même à tenir ce pseudo journal depuis 3 mois, c’est pas mal.
Bref, il s’en est passé des trucs durant ces 15 jours. J’ai poursuivi ma découverte des hauteurs de Cairns, me baladant entre Atherton, Malanda, Ravenshoe et retournant à Cairns de temps en temps pour régler deux ou trois choses (acquisition d’un 35mm f :2 pour compléter ma plage de focales et faire encore plus de photos de paysages … ah si, j
’ai acheté une nouvelle voiture, un 4X4 … comme ça je peux écraser encore plus de kangourous et autres bandicoots, je peux même faire dans le mouton ou le gros chien, car j’ai un super pare buffle !). En fait je peux surtout aller partout en ayant l’esprit tranquille, c’est ça qui compte. Ne pas savoir si la voiture va démarrer ou encore me demander si j’allais voir une de mes roues me dépasser lors d’un virage serré, c’était un peu stressant, surtout dans l’outback. Même si c’était ma seule source de stress.
Là, ça déchire, je peux faire 1000 km avec un plein d’essence, j’ai plus de volume à l’arrière pour « travailler » (ça fait sérieux mais j’ai pas trouvé d’autre mot). Je peux aussi monter sur le toit pour faire des photos, c’est la grande classe !
Le quotidien est donc grandement amélioré, c’est comme si j’avais un nouvel appartement. Tiens, j’en profite pour vous décrire une journée typique, c’est pas compliqué : levé, petit-déjeuner, photos, éditing (c’est-à-dire trier les photos de la journée et supprimer les déchets, parfois jusqu’à 90% des images), dîner, dodo. Entre ces catégories basiques, on peut introduire d’autres actions, comme « pipi », « courses », « tourisme », « regarder des épisodes de Friends », « route », « sieste », « caca » …
En règle générale, la journée commence le plus souvent par « lever » et plus rarement par « caca ».
Une grosse journée de photos sur un site génial donne : lever, photos, dîner, dodo.
S’il ne fait pas beau mais que je reste sur place, ça donne plutôt : lever, pipi, petit-déjeuner, regarder des épisodes de Friends, sieste, caca, regarder des épisodes de Friends, pipi, éditing (faut bien bosser un peu), dîner, pipi, regarder un film avec Clint Eastwood (j’ai trouvé « Chasseur blanc, cœur noir », qui est toujours aussi grandiose), pipi, dodo.
Je sais, ça casse le mythe de l’aventurier cherchant des bestioles dans les grandes étendues sauvages.
PS : « caca » inclus « pipi », la réciproque n’est pas vraie.

Gilbert Creek, sur la Savannah Way, dès le début de la saison des pluies, l’eau aura recouvert ces étendues de sable et il sera parfois impossible de traverser la rivière.
Bref, après avoir quitté Cairns une bonne fois pour toutes, je suis retourné à Bromfield Swamp faire quelques photos de grues. J’ai ensuite navigué entre Malanda (où j’ai vu mon premier ornithorynque !), le lac Eacham (où j’ai attrapé quelques serpents – Pseudechis porphyriacus et Dendrelaphis punctalata, sans pour autant faire des photos) et enfin les Misty Mountains, où j’ai passé quelques temps au Henrietta Campground, arpentant la forêt tropicale et débusquant quelques scinques aquatiques (Eulamprus quoyii).
J’ai ensuite dit au revoir à cette magnifique région, en espérant y retourner un jour, et j’ai pris la direction de Georgetown. Un arrêt express à Undara Volcanic NP me permet de faire quelques photos de kangourous gris (Macropus giganteus) et de revoir mes cours de géologie. En effet, il y a 190 000 ans, à peu de choses près, une éruption volcanique très importante se produisit dans la région d’Undara. La lave s’écoula jusqu’à plus de 160 km vers le nord-ouest au débit de 1000 mètres cube par seconde. Durant sa progression, le flux de lave emprunta le lit d’anciennes rivières. La lave en surface durcit alors au contact de l’air et, une fois l’éruption volcanique terminée, il ne resta plus qu’un tunnel formé par la roche volcanique refroidie. On appelle cela des tubes de lave. Mais Maître Pierre Cabard vous en convaincra mieux que moi.

Kangourou gris de l’Est prenant une femelle et son pied. J’ai tout filmé.
Après Undara, je continue sur la Savannah Way, faisant une halte d’une nuit à Gilbert Creek, puis continuant ma route jusqu’à Normanton et enfin Karumba. Karumba est une ville côtière du Golfe de Carpentaria connue pour ses couchers de Soleil sur la Mer d’Arafura et ses spots de pêche. J’y ai surtout fait des photos d’oiseaux côtiers (Glossy Ibis et Black-winged Stilt) et de wallabies agiles (Macropus agilis). Et bien sûr le coucher de soleil, magnifique, et mangeant des spaghettis à la bolognaise, étonnamment bons quand on connaît la cuisine du pays, avec des vrais épices, des vraies tomates et du vrai parmesan en copeaux et non en poudre, sur la terrasse de la Sunset Tavern.

Un coucher de soleil banal sur la mer d’Arafura, comme 365 jours par an …
De retour à Normanton, je fais le touriste durant quelques heures. Outre le célèbre vrai faux crocodile marin, incontournable, je visite le Purple Bar et j’admire les magnifiques trottoirs en vraie pierre carrée ainsi que les superbes grilles d’égouts en vrai fer forgé qui ornent la ville et font oublier que l’on se situe quand même dans le trou du cul du monde. Mais revenons sur le croco en plastique : c’est la réplique grotesque d’un vrai crocodile marin (Crocodylus porosus) de 8,63 mètres tué par une femme – Renaud devrait modifier les paroles de Miss Maggie . Il s’agit là du plus grand spécimen de crocodile marin trouvé à ce jour et homologué. Il avait probablement plus de 80 ans, s’était baladé toute sa vie dans l’archipel indonésien et avait sûrement assisté aux scènes les plus extraordinaires dans les profondeurs de l’océan. Mais toutes les bonnes ont une fin, et ce jour-là, Krys, c’est le nom de la tueuse, malgré toute la vaisselle qui l’attendait à Normanton, avait décidé de prendre la barque et de tirer quelques crocos. On connaît la suite.
D’ailleurs, puisque je parle de crocodiles, j’avoue honteusement d’avoir toujours pas vu de crocodile marin. J’ai encore le temps, mais quand même, je suis pressé de me retrouver nez à nez avec cette bestiole.

Crocodile de Johnstone dont seuls les yeux et les narines sortent de l’eau.
Par contre, c’est au bord de la rivière Alexandra, entre Normanton et Burketown, que je rencontre les premiers spécimens de crocodiles de Johnstone (Crocodylus johnstoni). Il existe deux espèces de crocodiles en Australie et le crocodile de Johnstone – ou crocodile d’eau douce – est la plus petite des deux. Contrairement à son cousin géant qui fréquente aussi bien la pleine mer que les rivières côtières, les Freshies, comme on les appelle ici (allusion à Freshwater Croc et en opposition aux Salties, les crocodiles marins), ne se rencontrent que dans les eaux douces. Ils mesurent entre deux et trois mètres et ne sont pas considérés comme dangereux pour l’homme, bien qu’il ait eu quelques incidents. Ils se nourrissent de poissons, amphibiens, reptiles et piafs. La chasse subaquatique est facilitée grâce à leur museau étroit (diminution de la résistance à l’eau) et leurs dents acérées ne laissent échapper aucune proie. Ceux que j’ai rencontrés ici étaient très farouches et plongeaient au moindre bruit ou mouvement de ma part. Ils semblent être constamment conscients de leur environnement, ne fuyant que s’ils considèrent que le danger est réel ou se déplaçant seulement de quelques centimètres, toujours sans être vus, si la menace est moindre. Ce niveau de perception est réellement impressionnant, on n’en attendrait pas moins venant de créatures qui règnent sur la planète depuis plus de 200 millions d’années, ont survécu aux dinosaures, sont réparties sur tous les continents (sauf l’Europe) et font partie des plus grandes espèces de reptiles connus à ce jour.

Groupe de Freshies en basking (prenant le soleil) à la fin de la journée.

Wallabies agiles : femelle et son petit venant laper l’eau de la rivière. Ne vous inquiétez pas, les crocodiles de Johnstone ne mangent pas de wallabies.
31 juillet 2009
photo du mois - Juillet 2009 - Forêt tropicale.

La rivière Henrietta Creek traverse la forêt tropicale des hauteurs de Cairns, Qld.
23 juillet 2009
Mise à jour - Album Australie
Bonjour ami lecteur, ou lectrice qui sait ?
Les lectrices qui sont de plus en plus nombreuses à visiter ce blog, on les comprend, si bien qu'elles ont fini par être plus nombreuses que les lecteurs, et je ne peux que m'en réjouir.
Désormais on peut donc dire qu'Annie bat le lecteur.
Bref, tout ça pour dire que j'ai ajouté non pas une, ni 2, ni 3, ni 4, ni 5, ni 6, ni 7, ni 8, ni 9, ni 10, ni 11, ni 13, tiens, il manque le 12, ni 14, ni 15, ni 16, ni 17, ni 18, ni 19, ni 20, ni 21, ni 22, ni 23, ni 24, ni 25, ni 26, ni 27, ni 28, ni 29 mais bien 30 nouvelles images dans l'album sur l'Australie.
Eric
17 juillet 2009
Ce matin là ...
La région de Cairns est particulièrement riche en espèces animales en tous genres.
A l'ouest, sur les hauteurs, à proximité des villes de Mareeba ou encore d'Atherton, l'avifaune est une des plus riches du pays. Environ 450 espèces d'oiseaux y ont été recensées. Il faut dire que la variété des milieux est extraordinaire, les paysages alternent entre forêt primaire, bush et forêts d'eucalyptus, plaines agricoles, prairies de moyenne altitude ... sans compter les innombrables plans d'eau : cratères volcaniques ou simplement étangs artificiels creusés dans les années 60 à des fins ornithologiques.

Sarus crane - Grus antigone.
Bromfield Swamp gît dans un cratère d'origine volcanique. Il y a encore environ 20 000 ans, la région d'Atherton connaissait une forte activité volcanique. Avant l'arrivée des européens, il y a environ 120 ans, la région était recouverte de forêt tropicale. Aujourd'hui, une majorité des terres ont été transformées en pâturages pour le bétail. Bromfiled Swamp est alors devenu un important refuge pour les Brolgas (ou Grue rubiconde, Grus rubiconda) et les Sarus Cranes (Grue antigone, Grus antigone). L'étang accueille aussi des oiseaux d'eau tels que les Hardhead, Pacific Black Duck ou Plumed Whistling-Duck pour les Anatidae, pas mal de passereaux comme le Lewin's Honeyeater ou l'Australian Pipit et beaucoup de rapaces (Black-shouldered Kite, Black Kite, Whistling Kite, Spotted Harrier, Swamp Harrier, Wedge-tailed Eagle, Nankeen Kestrel, Brown Falcon, Grey Goshawk, pour ne citer que les plus communs). Limicoles et Ralidés y sont naturellement présents aussi.

Spotted Harrier - Circus assimilis.
Dès le lever du jour, de petits groupes de grues remontent les pentes du cratère et quittent le plan d'eau pour aller se nourrir dans les champs alentours. Toute la matinée, l'étang se vide petit à petit et les bavardages des grues laissent place au calme de la campagne.
Le soir, la troupe retourne au dortoir avec une ponctualité étonnante. Les quelques individus qui étaient restés sur place tout au long de la journée signalent leur présence aux nouveaux arrivants. Les communications incessantes permettent aux grues de rester groupées pour la nuit.
Les nocturnes ...
Commençons par un proverbe débile (pléonasme) : « La nuit, tous les chats sont gris. »
On pourrait s’interroger longuement sur la signification philosophique de cette phrase, en construisant notre argumentation autour de la notion de perception – en effet, si nous les voyons gris, cela veut-il dire qu’ils le sont ? Un peu comme l’arbre qui tombe dans une forêt où nul être vivant ne peut l’entendre. S’il n’y a personne pour l’entendre, sa chute fait-elle du bruit ?
Bref, revenons à la nuit. Les dernières semaines ont été l’occasion de sortir les lampes torches ainsi que l’efficace casque-flash (idée piquée à Gilles Martin, fallait déposer le brevet mon Gilloux !). C’est aussi l’occasion d’observer quelques espèces de mammifères, si discrètes durant le jour, ainsi que quelques reptiles et arthropodes (celles et ceux qui n’aiment pas les araignées peuvent changer de chaîne).
Les hauteurs de Cairns (Queensland) abritent encore quelques forêts tropicales, souvent parcs nationaux, et jouissent d’un profil hydrogéologique particulier, résultat de millions d’années d’activité volcanique. Le lac Barrine, un des deux lacs du Crater National Park, fait partie de ces lacs volcaniques entourés d’une dense forêt humide.
Dans de tels biotopes, la vie, si bruyante et colorée le jour, se fait plus discrète la nuit. Elle n’en est pas moins omniprésente.
Au détour d’un sentier, on se fait soudain couper la route par un petit rongeur qui se perche rapidement sur une liane et nous fixe sans crainte.

Fawn-footed Melomys – Melomys cervinipes .
Les marsupiaux comme les bandicoots ou les antéchinus courent dans les sens à la recherche d’invertébrés et de petits reptiles dont ils se nourrissent. Un bandicoot, probablement aveuglé par la lampe, ne m’évite pas et se prend dans mes pieds !

Yellow-footed Antechinus – Antechinus flavipes.
Sous les pierres ou sous les souches en putréfaction, le monde des reptiles s’ouvre à nous. Geckos, scinques, serpents daignent parfois nous montrer leur frimousse et nous tirent la langue avec malice.

Oedura coggeri, représentant les Gekkonidae.
Les yeux des araignées brillent de mille feux et nous permettent de les repérer. Les Lycosidae chassent au sol, se déplaçant rapidement et sautant sur leur proie avec vigueur grâce à leurs papattes velues. Certaines espèces sont très mimétiques et paraissent ternes lorsqu’on les regarde de notre point de vue de géant. Mais baissez vous et observez de plus prêt, vous constaterez alors avec émerveillement (rien que ça !) quelles fantastiques couleurs arborent ces arthropodes.

Lycosidae sp. nous montrant ses magnifiques chélicères rouges et noirs.
Enfin, profitons de la nuit pour observer le ciel, différent de celui de l’hémisphère nord.
C’est l’occasion de se rappeler quelques nuits passées en Turquie avec une bande de joyeux ornithologues qui prendraient vraiment leur pied ici.

La nuit, tous les chats sont gris …
03 juillet 2009
Couleuvres européennes et australiennes
Les Colubridae représentent environ 60% de toutes les espèces de serpents connues à ce jour. Plus de 1800 espèces réparties à travers toute la planète et ayant colonisé les milieux les plus variés.
En Europe, le genre Natrix est inféodé aux zones humides, les trois espèces (ou quatre, selon les auteurs) sont spécialisées dans la chasse subaquatique et se nourrissent de poissons et d'amphibiens.
L'Australie est le continent sur lequel la proportion de Colubridae est la plus faible au monde. En effet, et malgré l'incroyable diversité de ses biotopes, l'Australie abrite seulement 10 espèces de Colubridae, pour environ 200 espèces de serpents.
Le seul Natricinae australien porte le nom barbare de Tropidonophis mairii. Cette espèce occupe la même niche écologique que les Natrix européens (couleuvre à collier ou encore couleuvre vipérine, pour ne parler que des espèces présentes en France).

Couleuvre à collier - Natrix natrix - sur l'étang du Louroux, en Touraine.

Tropidonophis mairii lors de l'ingestion d'une grenouille - Rana deameli - le long d'une rivière de la péninsule du Cap York, QSL.
Les Natricinae sont de très bons nageurs et peuvent rester en apnée durant de longues minutes. Certaines espèces ont les yeux assez haut-placés ce qui leur permet de surveiller leur environnement tout en étant immergé (genre Nerodia d'Amérique du Nord). Ces espèces possèdent des écailles dorsales fortement carénées, ce qui leur donne un aspect rugueux.
Bien qu'il existe certains genres venimeux (Xenochrophis en Asie, par exemple), les Natricinae sont inoffensifs pour l'Homme.
Que d'aventures !
Paff ! Le bruit résonne dans la forêt tropicale du parc national d’Iron Range. Quelques secondes et la cacophonie reprend, les insectes d’abord, puis les oiseaux. J’ouvre mes mains, je l’ai eu, ce moustique de malheur ! Et alors que je l’éjecte vigoureusement d’une pichenette, je me demande s’il existe des espèces de moustiques en voie de disparition.
Carolina me sourit et me dit : « Tu le mérite bien, après toutes ces mésaventures ! ». Je lui souris aussi et reprends mon appareil photo. Sur l’écran du boîtier, je regarde encore une fois la photo du python vert trouvé cette nuit. Un rêve de gosse.
Il y a deux jours, j’entamais la remontée de la péninsule du Cap York. Sept cents kilomètres, dont 600km de piste, depuis Mossman. La dernière nuit sur la plage de Mossman était très agréable et le lendemain matin, avant de partir, je fais quelques photos du lever de soleil. Au loin, j’aperçois les lumières de Port Douglas.

La ville de Port Douglas, vue de la plage de Mossman, QSL.
Le parc national d’Iron Range est situé sur la côte Est de la péninsule du Cap York, mais il n’existe aucune route ou piste qui longe la côte, il faut prendre la « Peninsula Development Road », à l’intérieur des terres. Comme son nom l’indique, c’est une route en développement, cela signifie qu’il faut aimer la poussière et les graviers. Selon la portion arpentée, ma vitesse varie de 20 à 80km/h. Donc, je ne fais pas vraiment de pronostics sur le jour d’arrivée à Iron Range.
Je suis fier d’être le seul débile qui ne roule pas 4x4 à 120 à l’heure. D’autant plus fier que la courroie de l’air conditionné est cassée, qu’il fait 50°C dans la voiture et que le taux d’empoussièrement atteint 100% quand je croise un pick-up ou un gros 4x4. Alors je régule en ouvrant et fermant ma vitre avec arrogance, sorte de message envoyé aux riches retraités qui me doublent à toute allure au volant de leur V8 - 4, 6L. À bas les 4x4 !
La route est bonne, pas de nids-de-poule, assez large et régulière. Main gauche sur le volant, bras droit par la fenêtre, lunettes de soleil et Pink Martini dans les oreilles. La classe. Un nuage de poussière m’indique qu’une voiture approche, je remonte la fenêtre et ralenti. Lui va très vite et lorsque nous nous croisons … BAM ! ma vitre explose en mille morceaux. Du coup, c’est moins la classe. Plus de poussière à l’intérieur qu’à l’extérieur, des bouts de verres partout et la colère qui monte, j’arrête la voiture et sors en gueulant. Les insultes sortent tout seul, ça fait du bien. Je claque la portière et les morceaux de vitre qui restaient encore accrochés au cadre tombent dans un raffut de tous les diables. Dans ces cas-là, on se sent un peu seul. Après avoir nettoyé la voiture et essuyé le sang sur mes mains, il faut reprendre la route. Dix minutes plus tard, je me mets à rire. Ce n’est pas tous les jours que la fenêtre de la voiture éclate à cause d’un gravier sur une piste de la Péninsule du Cap York.
Arrivé à Coen en milieu d’après-midi, je prends de l’essence et décide d’arrêter pour aujourd’hui. Je dors dans le bush, à côté de l’aérodrome de Coen. Je prends des photos des termitières géantes et trouve un lézard apode, Lialis burtonis, de la famille des Pygopodidae. Appelés ici « Snake-Lizard », ces reptiles ressemblent beaucoup aux serpents mais sont en fait des lézard ayant perdu leurs membres.
Lialis burtonis, lézard apode. Cape York Peninsula, QSL.
Le lendemain, je m’arrête rapidement à Archer River Roadhouse, où l’on me donne un grand sac-poubelle pour « réparer » ma fenêtre. C’est reparti ! Main gauche sur le volant, bras droit qui tient le sac-poubelle, lunettes de soleil et Pink Martini dans les oreilles. La classe. Avant de partir, j’ai bien demandé si je pouvais accéder au parc avec ma voiture. A priori il n’y a pas de problème, juste deux ou trois rivières à traverser mais elles ne sont pas hautes. En général je me méfie de ce genre de réponse.
Cinquante kilomètres après Archer River, j’aperçois la piste qui va vers le parc. En continuant tout droit sur 200km, on arrive à Cape York et en prenant à gauche on se dirige vers Weipa. La piste vers le Parc National débute sur la droite. Plus que 80km.
Première rivière, tranquille. Seconde rivière, tranquille. Troisième rivière, tranquille. Quatrième rivière … Tient, une quatrième rivière ?! Je descends pour sonder. Il y a beaucoup de sable, mais ce n’est pas très profond. Un mec qui venait de traverser, avec son Toyota, bien sûr, me donne un conseil avisé : « Roule sur les cailloux, et ne t’arrête pas ! C’est pas profond». Merci Ducon, au milieu de la rivière, mes roues patinent dans le sable et me voilà bloqué. Un 4x4 arrive et me tire de là. Vive les 4x4 !
Cinquième rivière … Aller là ! Faut arrêter la kermesse ! Je descends pour sonder. J’ai de l‘eau jusqu’aux genoux et le fond est tapissé de grosses pierres. Hors de question de tenter le coup.
Je suis bloqué à 20km du Parc d’Iron Range, seul spot à Python vert dans toute l’Australie. Comme on dit : « C’est ballot ! ».
Ni une, ni deux, le sac à dos est bouclé avec réserves d’eau et de nourriture, le sac photo en contrepoids sur le ventre et me voilà parti. Je fais du stop, mais les voitures ne s’arrêtent pas ou alors elles sont toutes pleines à craquer (quoique, parfois …). La nuit arrive, je suis mort. Je plante la tente à l’écart de la route, je reprendrais demain. Je me balade sur la piste et fais des photos de libellules lorsque qu’une voiture arrive. Le gars est tout seul, il a de la place, super. Il me dit de monter dans la voiture qui suit. Danny conduit, lui et son boss se dirigent vers Lokhart River, ville côtière à laquelle on accède en passant par le parc. Parfait ! Ils ont été appelés pour réparer le frigo du supermarché de Lokhart, ils sont en retard et roulent à toute allure. Au détour d’une colline, le bush laisse la place à la forêt tropicale, c’est magnifique.

Termitières géantes dans le bush du nord Queensland.
Danny me dépose à la base des Rangers où je rencontre Peep, qui, très gentille, m’emmène jusqu’au Cook Hut Campground et m’indique le spot à Pythons verts. Le soleil se couche, les vols de spatules et de guêpiers noircissent le ciel. Au loin, à travers mes jumelles, j’aperçois un Black-necked Stork, grand Ciconiidae de plus de deux mètres d’envergure et au bec démesuré. Le camp est plein mais je trouve quand même une place pour la tente. Derrière moi, une voix me dit : « Alors, t’as quand même réussi à venir ! T’as pas trop marché ? ». C’est Carolina, elle, son mari et sa belle-sœur se sont arrêtés quand je faisais du stop mais leur voiture était pleine à craquer. On discute autour d’un verre de vin, australien of course, et je leur propose de me suivre cette nuit à la recherche des serpents. On fait le tour du camping pour rassembler des volontaires et, vers 19h30, nous voilà partis, les lampes torches allumées, prospectant les bords de la piste à la recherche du rare python vert. Malheureusement, ils me quittent au bout de quelques minutes car ils ont beaucoup de route le lendemain. Vers 21h00, une forme attire mon attention, la chose est proche du sol, immobile et d’un vert brillant, caractéristique. Je m’approche lentement et constate qu’il s’agit … d’une canette de bière !
Vers 21h04, une forme attire mon attention, la chose est proche du sol, immobile et d’un vert brillant, caractéristique. Je m’approche lentement et constate qu’il s’agit … d’un python vert adulte !
Lors de la saison sèche, les pythons sont très rares. La journée, ils se cachent de la chaleur sous des souches ou des arbres creux et ne sortent que la nuit pour chasser. Ils passent la nuit sans bouger, suspendus à une branche, à seulement quelques centimètres du sol, attendant patiemment le passage d’une proie. Durant la saison des pluies, on peut les trouver en pleine journée, en posture typique de repos, la tête protégée au milieu des annaux du corps.
Donc voilà, ça déchire et pis c’est tout.
Python vert – Morelia viridis – dans le Parc National d’Iron Range, QSL.
Je reste encore une nuit au camp, je ne veux pas laisser la voiture isolée trop longtemps, surtout avec une fenêtre cassée. Je ne trouve aucun serpent la seconde nuit. Le lendemain, mercredi, quelqu’un me prend en stop et me ramène à la voiture. Ça valait le coup de venir.

Forêt tropicale humide d’Iron Range NP, péninsule du Cap York, QSL.
A bientôt,
Eric
photo du mois - Juin 2009 - Le Python Vert
Le python vert – Morelia viridis (ou Chondropython viridis, c’est pareil) est un serpent qui, comme son nom l’indique, fait partie de la famille des Pythonidae. Il n’y a pas 36 familles chez les serpents, juste une douzaine, selon les avis, et les pythons se partagent l’affiche avec les boas dans le style « gros serpents qui mangent des grosses bestioles en les étouffant avec leurs gros muscles ». Bon, c’est un peu basique mais pas complètement faux.
Ces deux familles regroupent en effet les espèces de serpents les plus massives (comme l’anaconda vert, représentant des Boidae ou encore le python réticulé, Pythonidae asiatique). Mais certaines espèces sont parmi les plus petites du monde (voire les genres Candoia ou encore Antaresia).
Tous les pythons et boas sont des animaux constricteurs, c’est-à-dire qu’ils tuent leurs proies d’une manière très propre. Tandis que nous égorgeons les cochons et les regardons se vider durant de longues minutes, tandis que nous hachons à la chaîne des poulets entiers pour en faire de succulents hamburgers que nous mangeons avec nos doigts, les pythons et boas ne mangent pas avec leurs doigts, eux. Ils attrapent leurs proies avec leurs mâchoires et les étouffent dans leurs annaux. La mise à mort est en général assez rapide, en tout cas plus rapide que celle d’un taureau dans une arène espagnole.
Toutes ces espèces évoluent dans des biotopes très variés, essentiellement sous les tropiques (sauf certaines espèces, genre Eryx par exemple), des plaines humides du Pantanal aux déserts du centre australien, en passant par les forêts humides d’Angola. Ça fait rêver.
Le python vert est une espèce arboricole des forêts tropicales de Nouvelle-Guinée et de la Péninsule du Cap York, au nord du Queensland, en Australie. Il chasse à l’affût, se tenant immobile durant des heures, attendant patiemment le passage d’un micromammifère ou d’un piaf qu’il détectera à l’aide de récepteurs thermosensibles situés sur ses lèvres (les six petits trous sur la lèvre inférieure et les trois fossettes sous la narine, voir photo). Quelle merveille ! La vision thermique chez des bestioles aussi primitives !

Python vert – Morelia viridis – en chasse dans la forêt tropicale d’Iron Range NP, Queensland.
Le python vert illustre un bel exemple de convergence évolutive, créant un duo avec le Boa émeraude d’Amérique du Sud (Corallus caninus). Ces deux espèces occupent les mêmes milieux, se nourrissent du même type de proies et ont des morphologies similaires. De taille moyenne (1.5 à 2 mètres), de couleur identique – vert chez les adultes, jaune ou rouge chez les juvéniles - ils présentent les mêmes postures de chasse et de repos. Tout pareil, à ceci près que le python est ovipare alors que le boa est ovovivipare (c’est justement ce qui différencie les deux familles, plus un truc avec les mâchoires, mais j’ai oublié).
See ya next month !
23 juin 2009
Nouvel album : Australie (comme de par hasard ...)
Bonjour à toutes et à tous,
L'album photo sur l'Australie est tout juste créé. Regarde à gauche ... non, l'autre gauche.
"Quelle réactivité !" diront certains. Et oui, je sais, deux mois pour poster plus de 60 images, c'est un record. Et cela ne m'a pris que 15 minutes. Trop fort !
Mais le plus fort n'est pas là. En effet, derrière tout projet artistique (pouf pouf) il y a une réelle démarche motivée par des convictions personnelles tenaces, qu'elles soient politiques, théologiques ou encore affectives. Et la raison première, la source inspirationnelle, la racine de l'arbre de la création ou encore, comme on dit ici, le background, pour lesquels j'ai créé cet album photos sur l'Australie est qu'en ce moment je suis en Australie et que je fais des photos de l'Australie.
Quelle profondeur.
PS : l'adjectif "inspirationnel(le)" sera dans le Petit Robert 2012, je suis juste un peu en avance sur mon temps.







