Tribute to the Sales Bêtes

Eric SANSAULT - Si c'est Aussie j'y vais aussi !

08 novembre 2009

Bilan des 6 mois.

Petit bilan des 6 mois.  

Premier constat : ça passe vite, trop vite. 

Deuxième constat : l’Australie est un pays fantastique qui mérite vraiment d’être visité en profondeur. Le problème, c’est que c’est plein d’Australiens, mais je reviendrai sur ce point.

 

Chaque bilan se doit d’avoir son lot de chiffres en tout genre, alors voici les principaux :

-       50 000 km parcourus (soit 6000 litres de pétrole).

-       50 000 déclenchements, 5000 photos conservées, 500 photos pas trop pourries.

-       250 espèces de piafs, 60 espèces de reptiles (15 serpents), 30 espèces de mammifères identifiées.

-       2 voitures utilisées ( et deux crevaisons, une fuite de liquide refroidissement, un wallaby éclaté, une vitre réduite en éclats à cause d’un méchant petit caillou, un pot d’échappement pas loin de finir sur la route et je m’en tire vraiment bien).

 

Australie_0141___19_octobre___Devil_s_Marbles

Devil’s Marbles, NT.

 

Concernant le pays et la nature sauvage, certains endroits méritent vraiment de s’y attarder. Il faudrait pouvoir passer une année entière sur les hauteurs de Cairns (Atherton Tableland) pour apprécier réellement ses patches de forêt pluviale et ses étangs tropicaux à l’avifaune très riche (ah, Bromfield Swamp ...). Les petits coins très peu connus qui sont encore préservés des hordes de touristes sont souvent les plus dépaysants, je me rappelle très bien de ma nuit au petit camping d’Henrietta Creek, en pleine forêt tropicale, cherchant des scinques aquatiques (Eulamprus quoyii) sous les galets qui bordent la rivière. Je me rappelle surtout de la sensation d’être seul au monde à seulement 80 km de Cairns. Car au delà  des grandes villes de la côte Est et de la frénésie touristique des Kakadu NP, Uluru-Kata Tjuta et autres Blue Mountains, l’Australie c’est aussi et surtout la solitude des grands espaces ainsi que la relation étroite entre l’homme et la nature. Il est courant de rouler 3 heures sans croiser le moindre véhicule et nombreuses sont les journées durant lesquelles j’oublie l’existence de l’Homme sur la planète.

Ma traversée rapide du territoire du Nord n’a malheureusement pas complètement répondu à mes attentes. Bien qu’occidentale, la culture australienne est tout de même assez éloignée de la notre. Il y a beaucoup de comportements que je ne comprends pas. Dans le genre « gestionnaires restrictifs » les responsables des parcs nationaux du Northern Territory sont passés maîtres dans l’art d’exploiter les ressources des terres aborigènes et de faire payer les milliers voire millions de touristes réduits, rarement malgré eux, à suivre le mouvement tels de gentils moutons consommateurs.

Le plus marquant a été la visite du very famous Uluru – Kata Tjuta NP, à environ 400 km au sud-ouest d’Alice Springs. Je n’ai pas tellement envie de m’étendre là-dessus, mais disons que je suis allé de surprise en surprise (et pas que des bonnes, très peu de bonnes d’ailleurs). Sachez que l’entrée du parc est payante (25 dollars pour 3 jours – mais je m’en suis bien tiré sur ce point), que le parc possède des horaires d’ouverture et de fermeture – donc pour prospecter la nuit dans les dunes de sable à la recherche du woma ou de vipères de la mort du désert c’est pas pratique – et que toute l’ambiance touristico-aborigino-restrictive sent l’hypocrisie à plein nez. Sortez du sentier et vous risquez une amende de 110 dollars, ne prenez pas des photos de n’importe quoi car certains sites sont sacrés mais si vous allongez la monnaie, le niveau de sacralité peut diminuer miraculeusement.

L’argent et la consommation sont d’ailleurs les principales raisons d’être du Kakadu NP, à l’Est de Darwin. Les chauffeurs des cars de touristes laissent tourner le moteur et la climatisation pendant que les 30 passagers piquent une tête dans un trou d’eau plein d’algues (saison oblige), ça peut parfois durer une heure et c’est très rageant. Un matin, je signale à un ranger une importante fuite d’eau dans les toilettes du camping, on me répond que la saison des pluies arrive et que ce n’est pas la peine de réparer. Un comble !

 

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Little Red Flying-fox, sortant par milliers au crépuscule sur la Katherine River, NT.

 

Paradoxalement, c’est dans le territoire du nord que j’ai fait les plus belles rencontres humaines. Tout d’abord Daniel, croisé à Trephina Gorge, crapahutant dans les rochers et qui m’invita à passer une nuit chez lui, à Elliott, pile poil entre Alice Springs et Darwin, deux semaines plus tard. Puis ce sont Jurij et Renata qui, profitant d’une conférence de physique atomique à Melbourne, décidèrent de faire un tour dans le centre du pays pour voir l’Ayers Rock (Uluru). Je les prends en stop à l’entrée du parc et eux me payent le billet. On a passé la journée ensemble, Jurij a même attrapé un moloch, il était tout fou, on aurait dit un gosse !

Enfin, à Kakadu, alors que je me baladait avec mes jumelles, un jeune homme se dirige vers moi avec un bouquin sur les piafs et me demande : « Euh, sorry, av you cine zis beurd ? » C’est Anthony, un naturaliste de 26 ans. Lui et sa copine Rose font aussi le tour du pays dans une optique naturaliste (optique de coche en fait). Ils s’y connaissent en tout, herpéto, piafs, entomo, bota, et bêtes à poil. Nous décidons de faire toute la côte Ouest et une partie de la côte Sud ensemble.

Nous sommes désormais tous les trois en Australie Occidentale (WA), état qui, dès notre traversée de la frontière (trop long à raconter ici), me paraît encore plus strict et réglementé que les précédents. J’ai réussi à me faire gueuler dessus par un ranger car je m’étais écarté du chemin d’environ 5 mètres. Tel le gardien d’un camp de travail polonais, le méchant ranger australien est là pour remettre le mouton rebelle sur le droit chemin. Pour revenir brièvement sur le passage à la douane, disons que même les SS ne fouillaient pas aussi bien les voitures quand ils cherchaient des juifs.

Mais toutes ces rencontres alors ? Tout n’est pas perdu !

Effectivement, sauf que Daniel est d’origine Hollandaise a baigné dans la culture Européenne toute sa vie, que Renata et Jurij sont slovaques et vivent en Suisse et que Rose et Anthony sont Français (Bretons, pour être précis, c’est pas tout à fait pareil).

 

PS : la carte est à jour avec deux nouvelles images.

 

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Demansia sp., petit Elapidé non venimeux. J’attends une réponse d’un spécialiste pour être sûr de l’espèce.

 

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21 septembre 2009

Birdsville Races, quand la bière rencontre la poussière.

L’Homme moderne (Homo sapiens sapiens) est un mammifère placentaire commun sur tous les continents. Outre une bipédie permanente et des pouces opposables, peu de caractéristiques physiques permettent de distinguer un Homme d’un chimpanzé ou encore d’un poisson rouge.

Lâché dans une nature hostile et sans pitié, l’Homme se sent faible et démuni. En effet, bien que Dame Nature ait doté le lion de griffes acérées, l’aigle d’une vue perçante et le scorpion d’un dard au venin mortel, elle n’a pas daigné équiper l’Homme de tous ces outils de base, indispensables pour se nourrir et se défendre, bref, indispensables pour survivre. Ce qui confère à l’Homme sa suprématie sur le monde animal et le maintient au rang du super-prédateur par excellence est son incroyable intelligence. Le lion possède des griffes, l’Homme créé le fusil ; l’aigle possède une vue perçante, nous fabriquons la longue-vue ; le scorpion possède un venin mortel, nous inventons la chaussure de randonnée avec semelle ultra-résistante pour écraser ces sales bêtes. Nous ne sommes pas tous égaux face à l’intelligence, enfin, quand je dis « nous », c’est surtout à vous que je pense. Déjà, il y a plus de 2000 ans, alors que les Romains, ces idiots, pensaient crucifier un schizophrène, certains grands esprits savaient qu’il s’agit là du fils de Dieu. Plus récemment, lorsque ce chancelier visionnaire allemand se proposa de transporter gratuitement, dans le seul but de les instruire, des familles entières des milieux cosmopolites européens vers des établissements modernes où parents et enfants pourraient travailler au calme, à la campagne, sans risquer d’être déconcentrés, certains sombres esprits s’offusquèrent devant la création de ces camps de concentration. Enfin bref, tout ça pour dire que c’est bien au seul génial cerveau humain que nous devons les plus importants changements et les plus grandes inventions de cette planète. De la Messe de Requiem de Mozart à la chaise électrique en passant par le préservatif et la bombe atomique, l’Homme ne cesse de se surpasser.

D’un point de vue strictement éthologique, l’Homme est une espèce particulièrement intéressante à observer. Animal naturellement grégaire et social - sans toutefois être sociable – l’Homme se rassemble parfois en très grand nombre dans le but de s’adonner à une activité commune. Qu’il s’agisse d’un match de football, d’une partouze ou encore d’une manifestation anti-avortement, il existe de nombreux exemples de rassemblement humain à travers le monde.

Poursuivant mon périple australien, j’ai eu la chance d’être le témoin du regroupement humain le plus important au sud-ouest du Queensland : les Birdsville Horse Races.

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Depuis tout petit, je fais des allergies à la poussière et aux poils de chevaux …


Situé à la frontière du désert de Simpson, le petit village de Birdsville, à peine 120 habitants, organise depuis 1882 une des courses de chevaux les plus célèbres d’Australie. À l’époque, seule une poignée de spectateurs se déplaçaient dans cette région isolée pour assister aux courses. Aujourd’hui, la ville accueille plus de 6000 passionnés venus des quatre coins du pays pour voir courir leur favori, boire de la bière et manger des hot-dogs durant les premiers vendredi et samedi de septembre.

Chacun emporte sa chaise pliante et sa boisson (en général de la bière) et s’installe de préférence à l’ombre en attendant le début des courses. Vendeurs de hot-dogs et de bière font leur chiffre d’affaires pour l’année entière et l’on peut croiser quelques photographes venus de plus ou moins. Du jeune Français, qui faute de shooter des serpents, se rabat sur les chevaux, au reporter Australien, employé du gouvernement, envoyé ici pour couvrir l’événement avant de s’envoler pour la République Tchèque.


Australie_0140___4_septembre___Birdsville

De gauche à droite, la Sainte Trinité. Amen.



Bien que l’homme se rencontre dans tous les milieux de cette planète, des sommets de l’Himalaya aux déserts arides de Namibie, la femme, elle, reste le plus souvent dans la cuisine pour faire la vaisselle. On peut toutefois l’observer à l’air libre, dans le jardin, étendant le linge frais que la douce brise de printemps fera valser le temps d’une matinée d’avril.



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27 août 2009

C'est si bon la frustration !

Je viens de passer deux semaines à sillonner la région de Channel Country à la recherche du taipan. Comme je le disais précédemment, la chaleur d'un printemps précoce réveille la nature et apporte les premières pluies. Les prairies sont en fleurs, les agames se font bronzer sur les routes et les kangourous glandent à l'ombre des arbustes.

En descendant du parc national de Diamantina Lakes, je me suis arrêté sur un bon spot près de Monkira Station. Voici les coordonnées GPS du site, pour celles et ceux qui se baladent sur Google Earth : S:24°55'022'' et E:140°46'678". Cela faisait une semaine que j'attrapais un serpent par jour, une bonne moyenne même si les gentilles bébêtes étaient toutes des Pseudonaja d'Ingram.

Un matin, je trouve une mue de serpent. Une mue toute fraîche, elle n'était probablement pas là la veille. De plus, c'est une mue de taipan à petites écailles (je répète les critères pour les geeks : 23 rangées d'écailles au milieu du corps, écaille anale simple, sous-caudales divisées et large écaille temporale primaire très basse, atteignant presque le bord de la gueule).

Je retourne à la voiture, environ deux kilomètres au sud, et me dirige vers le spot en 4X4, histoire d'avoir le matos sous la main. Le soleil tape dur, le vent du sud réussi à peine à refroidir l'atmosphère et les mouches sont toujours aussi collantes. Vers 15h00, alors que je digérais tranquillement à l'arrière de la voiture, j'aperçois du coin de l'oeil une forme sombre à quelques mètres de moi. Ni une, ni deux, je bondis sur mes jumelles, puis dans mes chaussures, puis hors de la caisse. En effet, la forme sombre n'est autre qu'un taipan à petites zzzécailles ! Il vient de sortir d'une galerie de rongeur et s'est posé à l'entrée, en plein soleil. Je m'approche doucement, très doucement, l'animal ne bouge pas. Moins de deux mètres, je peux l'attraper, je suis tout près et lui, toujours immobile, me regarde tranquillement.

Soudain, une idée me vient à l'esprit. J'en ai pas beaucoup des idées, encore moins des bonnes, mais celle-ci pourra recevoir le Bad Ideas Award. Et oui, au lieu de l'attraper, de faire des photos durant deux heures et de me tripoter sur les-dites photos pendant des jours. Je retourne à la voiture pour chercher mon appareil !! Bah oui, normal !! Du coup quand je me retourne, il est plus làààààà !! Aaaahhhhhh !! La loooooooose !!!!

La suite est moins passionnante. J'ai fait le pied de grue durant 4 jours devant le trou, mais la bestiole n'est jamais ressortie (où alors durant la nuit). Je n'ai jamais été aussi frustré de toute ma vie !

Enfin bref, j'espère en trouver d'autres sur la route de Birdsville et faire des photos sympa. La mue mesurait plus d'un mètre soixante, l'individu observé était très grand et d'un bon diamètre. Ses écailles gris anthracite reflétaient le soleil de ce début d'après-midi. Magnifique. Mais bon, j'arrête, je me fais du mal.

Eric (qui se mettrait des baffes ...)

PS : j'ai gardé la mue, elle trône sur le tableau de bord, histoire de me rappeler qu'il faut toujours saisir sa chance dans la vie.


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21 août 2009

Diamantina Lakes NP

Bon je l’avoue, je n’ai absolument rien foutu hier. Je me suis levé avec le soleil, comme tous les jours, je suis sortis de la voiture pour faire trois photos du levé de soleil (et satisfaire quelques besoins vitaux) puis je suis rentré dans la voiture et j’ai lu toute la journée. J’ai fini le Stephen King, il zigouille tout le monde à la fin et ça fini en bain de sang avec morceaux de cervelle et compagnie, sympa. Enfin, je suis ressorti en début de nuit pour faire trois de la voie lactée en espérant qu’un des fantômes du livre ne sorte pas de sous la voiture pour me tordre le coup.

Australie_0133___15_ao_t___The_Channel_Country

Quelques secondes encore et sortiront les créatures de la nuit …

Ce matin, j’ai décidé de reprendre ma route, toujours à 20 à l’heure pour ne rien manquer. Je redouble le cavalier aperçu 4 jours plus tôt et, durant le sacro-saint rituel du « signe de la main pour faire coucou », je remarque du coin de l’œil un serpent qui vient de s’enfuir dans une crevasse sur le bord de la route. Et bon, comme d’hab, je pile, je sors en trombe, je cours comme un débile et plonge littéralement au sol, balançant de la poussière partout, me niquant un genou sur une pierre et loupant le serpent de quelques centimètres, tout ça sous le regard dubitatif du cow-boy et de ses trois chevaux.

On discute quelques minutes, avec le cow-boy hein, pas avec les chevaux. Il s’appelle Preston et il se balade dans la région juste comme ça, pour le trip. Il a 400 km à parcourir à dos de cheval, ses réserves d’eau quotidiennes avec lui et le reste de la nourriture dans une caravane que son père conduit et qui l’attend le soir à chaque fin d’étape. Je me dis que ça doit sympa aussi, à dos de cheval. Tu vas plus lentement, c’est plus tranquille, ça fait moins de bruit et t’es en peu plus haut qu’en voiture pour observer le paysage. Et puis, si jamais tu crèves de faim, tu peux toujours en tuer un pour le manger (je repense à la recette du Cheval Melba de Desproges …).

Il me dit que les 4 et 5 septembre se tiendra à Birdsville une des plus grandes courses de chevaux du pays : la Birdsville Cup. Le village de Birdsville, 120 habitants, aux portes du désert de Simpson, va accueillir durant deux jours environ 6000 personnes venues de tout le pays pour picoler et regarder des chevaux tourner en rond. Franchement, j’espère que le timing va coller et que je pourrai assister à cet événement, et jouer les Raoul Duke australiens. Je vois déjà l’ambiance mâles-bierre-poussière à la Fear and Loathing in Las Vegas. Enfin bref, c’est pas pour tout de suite.

Je dis au revoir à Preston, que je reverrai peut-être à Birdsville, et jette un coup d’œil à l’endroit où le serpent s’était caché. Il est ressorti et se chauffe au soleil, immobile. C’est encore un Pseudonaja d’Ingram mais tout noir cette fois-ci. Il me laisse l’approcher à moins de 50 centimètres, sans broncher. La couleur dorsale et le comportement placide me troublent, si bien que je prends à première vue pour un taipan (il y aura d’ailleurs une anecdote à raconter à ce sujet, mais seulement en privé, j’ai un peu honte). L’environnement et la lumière ne sont pas très jolis et je décide de ne pas faire de photo. Je l’attrape quand même avant de partir, juste histoire de le faire chier et de vérifier si la scalimétrie correspond à l’espèce.

Australie_0134___15_ao_t___The_Channel_Country

Plaine inondable de la région de Channel Country.

La scalimétrie, je sais même pas si ça existe vraiment comme mot, Word le souligne en rouge, c’est la disposition et le nombre d’écailles présentes à certains endroits du corps. Chez les serpents, on regarde souvent les écailles céphaliques et annales ainsi que le nombre de rangées d’écailles au milieu du corps. C’est parfois nécessaire pour pouvoir distinguer une espèce d’une autre, surtout si, comme dans mon cas, on a pas l’habitude de ces espèces. Concernant les écailles céphaliques, y en a tout plein, elles portent des noms barbares (pariétale, frontale, sus-labiale, sous-labiale, temporale, rostrale, loréale – parce qu’elle le vaut bien – post-oculaire, etc …) mais c’est bien de les connaître car ça peut aider sur le terrain. Comment ? Comme ça : deux personnes se baladent dans le bush, soudain, un méchant serpent qui n’aime pas les hommes et qui pense qu’à faire du mal aux gentils gens – il est peut-être même responsable de la crise économique, ça m’étonnerait pas – un méchant serpent, disais-je, sort des entrailles de la terre et mord exprès, gratuitement, pour le fun, un des deux gentils randonneurs qui n’avait rien demandé. Avec un sang-froid et une maîtrise dignes d’Hercule trépassant l’Hydre, le second randonneur tue la créature des enfers avec un bâton.

Pris de panique, n’ayant aucune connaissance de la faune ophidienne et ne sachant pas si la morsure est dangereuse, ils appellent en urgence le centre anti-poison de Brisbane. La malheureuse victime s’est assise à l’ombre d’un eucalyptus afin de limiter au maximum ses mouvements et ainsi minimiser l’augmentation du flux sanguin et la dispersion du venin, si venin il y a. Son camarade arrive à joindre le centre anti-poison. Au téléphone, une charmante demoiselle à voix douce et calme lui demande de décrire avec précision le serpent. Le randonneur regarde alors avec dégoût le cadavre du reptile et, après quelques secondes de concentration, en fait la description suivante :

- « Ah bah c’est long hein, et pis c’est marron, … et pis avec des yeux méchants ! Olala qu’y sont méchants ses yeux ! ».

À l’autre bout du fil, la voix douce et calme, demande plus de détails et insiste sur les écailles de la tête. Y en a-t-il beaucoup, sont-elles larges et plates et combien y a-t-il d’écailles entre l’œil et la narine. Puis précise :

- « C’est très important, ça peut sauver votre ami. ».

Cette dernière phrase met la pression au randonneur et lui permet d’affronter son dégoût et de s’approcher au plus près du cadavre inerte, voire de le toucher pour compter les susdites écailles. Sur la tête du serpent, l’homme remarque de grandes écailles, pas très nombreuses, bien disposées et plates. Il compte aussi une seule écaille entre l’œil et l’écaille nasale. Fièrement, il fait part de ses observations à la gentille voix du téléphone.

Quelques secondes de silence qui semblent durer les heures, puis la douce et calme voix du téléphone répond :

- « Ah … Une seule écaille entre l’œil et la narine, cela signifie qu’il manque l’écaille loréale. Donc le serpent qui a mordu votre ami est un élapidé, et vu votre position géographique, il s’agit très probablement d’une espèce mortelle pour l’homme. »

Décontenancé, l’homme sent ses jambes flagellées et pense défaillir. Un rapide coup d’œil à son compagnon, qui au pied de son arbre, commence à ressentir les premiers symptômes du venin mortel. Sa raison se trouble et il se met à délirer :

- « Au pied de mon arbre-eu, je gisais heureux … ! » Chante-t-il.

- « Qu’est-ce que je peux faire ? » demande l’homme à la gentille voix du téléphone.

Les deux hommes se connaissent depuis vingt ans maintenant, ils ont vécu des aventures extraordinaires à travers le monde, se sont soutenus dans les pires moments et se considèrent désormais comme des frères. Ils sont même plus que frères.

- « On n’a pas le choix, le temps que les secours arrivent, il sera trop tard. Il faut que vous aspiriez le venin à travers la plaie. »

- « Aspirer ? Mais avec quoi ? Nous n’avons pas d’aspi-venin ou autre truc du genre. » Répond-il, de plus en plus paniqué.

- « Alors utilisez votre bouche ! Où a été mordu votre ami ? »

Silence. L’homme réfléchi.

- « Il était en train d’uriner lorsque cela s’est produit … donc il a été mordu au … à la … euh, enfin vous voyez quoi. »

Silence géné. La gentille voix du téléphone réfléchit.

- « C’est la seule solution, vous n’avez pas le choix. Bon courage. »

Alors, lentement, l’homme appuie sur le petit bouton rouge du téléphone. Il transpire à grosses gouttes, la vie de son ami est entre ses mains.

Derrière lui, il entend la faible voix rauque de son compagnon de toujours :

- « Alors, coff-coff, qu’est-ce qu’ils ont dit ? coff-coff »

- « Euh … Ils … Ils ont dit qu’tu vas mourir. »

Donc avoir un minimum de connaissance en scalimétrie ophidienne est important. En effet, sinon comment savoir que l’absence d’écaille loréale permet de distinguer les élapidés des autres familles de serpents ? Bon dans l’exemple précédent cela n’aurait servi à rien, je sais.

Australie_0135___17_ao_t___Budgerigar

Envol de Budgerigars (Melopsittacus undulatus) dans le Diamantina Lakes NP.

Revenons à nos moutons. J’en étais à me demander si j’avais entre les mains un taipan à petites écailles ou un autre truc. Premier critère : l’écaille anale (bon alors, je t’arrête tout de suite, si tu rigoles quand tu lis « anale », tu peux retourner jouer avec tes Legos, c’est un blog sérieux ici !). Facile à voir vu que je tiens le serpent par la queue (non, sans dec, arrête de rire, c’est chiant, on dirait un gamin). Chez le taipan, cette écaille n’est pas divisée, là, elle l’est. Un rapide coup d’œil à la tête et je constate qu’il n’y a pas d’écaille temporale surnuméraire (je t’ai dit que c’est un blog sérieux. Cherche pas dans le dico, « surnuméraire » ça veut dire « en plus »). C’est définitivement pas un taipan.

De plus, l’animal s’énerve comme si je venais de lui mettre mon pouce dans le trou du cul (clin d’œil aux fans de South Park. C’est un blog sérieux merde …) et gonfle la nuque et tout et tout. C’est un Ingram. Point final.

Dommage.

Un autre critère aurait été de compter les rangées d’écailles au niveau du milieu du corps. Il y en a 17 chez le Pseudonaja et 23 chez le taipan.

Mais attends un peu mon neveu. S’il y a 23 rangs d’écailles contre 17 pour deux espèces qui sont relativement de mêmes diamètres, ça veut dire que les écailles sont plus petites chez le taipan ? Bah ouais, d’où le nom de taipan à petites écailles, Oxyuranus microlepidotus. De « Micro », petit – comme dans micro-ondes, micro-pénis, micro-ordinateur … et de « lepido », écaille – comme dans … comme dans plein d’trucs. C’est la même racine que Lépidoptère, les ailes à écailles des papillons. En effet, les ailes des papillons sont recouvertes de microscopiques écailles, c’est la « poudre » qu’on a sur les doigts après avoir touché un de ces insectes.

Qu’est-ce qu’on en apprend des choses ici ! J’arrive à vous raconter ma vie et vous instruire sur les patelins que je traverse puis je termine avec un cours de zoologie ludique en vous racontant une histoire drôle. Tout ça, en vous faisant rêver avec des photos qui déchirent sa race.

Vous pouvez envoyer vos dons à l’adresse qui défile en bas de votre écran. Mille euros minimum.

PS : si vous ne voyez pas s’afficher l’adresse en bas de votre écran, envoyez-moi un message avec votre nom. Juste histoire que je rigole un peu. ; )


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17 août 2009

I'm on the roll ...

Je sens que la chance commence à être de la partie. Ou est-ce tout simplement une question de météo. Il fait de plus en plus chaud et de plus en plus de reptiles sortent spontanément de leur retraire hivernale.

Australie_0127___16_ao_t___Mitchell_Grass_Downs

Mitchell Grass Downs en fleurs. Ça sent le printemps …

Hier, c’est un serpent brun d’Ingram (Pseudonaja ingrami) qui m’a montré sa frimousse sur le bord de la route. Il était 11H00, il faisait très chaud dans la voiture (mais pas assez pour mettre en route la clim, en fait j’essaie surtout de réduire la consommation d’essence car, vu l’itinéraire que j’ai choisi de suivre, la prochaine pompe est dans 800 km). Dehors, un violent vent de sud balayait la piste, créant ça et là quelques tourbillons de poussière. Je venais de prendre la piste qui mène à Coorabulka Station et je traversais ce qu’on appelle ici les Mitchell Grass Downs, vastes plaines d’argile grise où poussent quelques touffes d’herbe rase. L’argile profondément craquelée est un refuge tout trouvé pour la faune locale lors des longs mois d’hiver.

Soudain, tintin … une forme attire mon attention sur le côté droit de la piste. C’est long, c’est rouge brillant, des pupilles noir profond et une gueule, une gueule ! Une gueule sublime, noire et brillante avec des reflets bleutés. Je pile et cours vers la bestiole qui est heureusement toujours là à me menacer, prête à bondir, le corps en forme de S et cette magnifique bouche au baiser mortel.

Le corps est rouge foncé intense et brillant, la base noirâtre des écailles crée un motif réticulé hypnotisant. Rapidement, le serpent prend la fuite et cherche refuge dans une des fissures du sol. Il hésite à entrer dans la première crevasse ce qui me laisse le temps de l’attraper. Un peu trop entreprenant à mon goût, il commence à remonter vers ma main et, n’ayant aucune envie de me faire bouffer ici, ni là d’ailleurs, je lâche prise. L’animal retombe sur le sol, gonfle son cou à la manière des cobras (mais sans se dresser, d’où l’origine du nom de genre : Pseudo - naja) en guise de dernière menace puis, plus rapide que moi cette fois, réussi à se glisser silencieusement dans une galerie de rongeur.

Mon cœur bat à cent à l’heure, le sien aussi je pense, quelle rencontre !

Je continue ma route, plus excité et motivé que jamais. Arrivé à Coorabulka, je discute vite fait avec les fermiers et rempli le jerricane de flotte.

Une heure plus tard, sur la route du Diamantina Lakes National Park, j’évite de justesse un varan qui s’est planté en plein milieu de la piste pour faire bronzette. Là encore, je pile et cours hors de la voiture, appareil photo au poing cette fois-ci. Le reptile est tout plat et ne bouge pas. « Encore un varan carpette ! », me dis-je. Je m’approche quand même, juste histoire de savoir de quelle espèce il s’agit, et voilà que le saurien d’environ un mètre de long se dresse sur ses pattes et gonfle son corps afin de paraître plus gros qu’il n’est. Varanus spenceri, c’est son nom, magnifique animal au pattern composé de larges bandes transversales foncées sur un fond brun clair assez chaud. Je continue de m’approcher, on est jamais trop près comme on dit, ou alors y a que moi qui dit ça, je sais pas … bref, mon idée ne plaît pas trop à Monsieur qui commence à me foncer dessus la gueule ouverte. Et voilà Eric Sansault courant dans la poussière, poursuivi par un varan. Franchement, il n’y a nulle part ailleurs où j’aimerais être.

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Spencer’s Monitor (Varanus spenceri), autre habitant des Mitchell Grass Downs.

Le soir, je m’arrête au Gum Hole Campground du Diamantina Lakes NP. Il s’agit d’un petit plan d’eau permanent au milieu du complexe réseau de canaux à secs, en hiver, de la Diamantina River. L’endroit est une aubaine pour les spatules, pélicans, ardéidés et autres gravelaux à front noir. Si un jour, vous plantez votre camp au bord d’un plan d’eau dans le sud-ouest du Queensland, évitez que ce plan d’eau soit un dortoir à Little Corella, cacatoès de taille moyenne, bruyants, très bruyants.

Le lendemain, c’est-à-dire aujourd’hui, faut suivre un peu. Je prends la direction de Windorah. Je passe par Davenport Station puis prend la route de Monkira. Je double un cavalier qui se balade ici tout seul avec ses trois chevaux. Arrivé à Monkira, je serai sur la piste principale entre Bedourie et Windorah. Mais prenez une carte, ça sera plus simple.

La piste vers Monkira longe la Diamantina River, je suis vraiment au cœur de la région appelée « The Channel Country ».

Je roule à deux à l’heure afin de ne rien manquer. Un petit serpent traverse la piste à toute vitesse, impossible de le retrouver mais c’est quand même bon signe, deux serpents en deux jours à la mi-août, c’est vraiment motivant !

J’essaye de faire un peu d’ornithologie, je confonds un Australian Bustard (appelé désormais Australian Bastard) avec une souche qui sort de terre et je me pignole 20 minutes sur un Brown Falcon forme sombre, l’ayant pris au premier regard pour un Black Falcon.

Vers 14H00, je trouve un spot qui me semble intéressant et je considère que ça vaut le coup d’y rester quelques heures. L’endroit est parfait. Plaine d’argile rougeâtre avec fissures profondes et galeries de rongeurs à tout va. Je prends les jumelles et l’appareil photo et c’est parti pour chercher. La zone est très vivante, Crimson et Orange Chats et Gibber Bird décollent à mon approche. Des dizaines de criquets, papillons et grillons sont les principaux représentants des arthropodes (quelques araignées aussi, dont une Red-Backed Spider à identifier).

Australie_0131___20_ao_t___The_Channel_Country

Tu te réveilles au matin, tu regardes par la fenêtre et tu vois ça … et là tu souris.

Le soleil se couchant, je m’imagine déjà tombant sur le taipan de mes rêves et faire les photos de mes rêves avec la lumière de mes rêves. Je suis tellement au taquet que j’ai des poussées d’adrénaline lorsque je vois une branche sombre posée à côté d’un trou de rongeur.

Vers 18h00, le moral remonte de plus belle lorsque je tombe sur le fameux Long Haired Rat, proie quasi exclusive du taipan à petites écailles (ainsi que du Pseudonaja d’Ingram trouvé hier). Confirmant que cette zone semble vraiment propice. Les recherches reprendront demain matin.

Mardi : bonne journée de prospection, quelques Tympanocryptis se cachent dans les fissures. Deux dingos passent à 20 mètres de la voiture et s’arrêtent au pied d’un arbre à la recherche de nourriture. Pas mal de rapaces passent au-dessus de ma tête (les espèces habituelles : aigle australien, milan noir, faucons bruns …). Je trouve des pelotes de réjection contenant quelques os de micromammifères ainsi que des poils gris, probablement de rat à longs poils (seule espèce à la fourrure grise dans cette région aride). Mais pas de serpent. Le soir, je me fais peur avec Bag of Bones de Stephen King.

Mercredi : je recherche encore sur le même site jusqu’à midi, heure à partir il fait trop chaud, même pour les serpents, surtout qu’aujourd’hui le vent a beaucoup faibli. Après le déjeuner, deux tartines de nutella, je prends la route vers Monkira. Je décide de m’arrêter au prochain bon spot. Facile à dire mais plus dur à faire : toute la région est un bon spot. J’y vais donc au feeling, suivant mon instinct. Je roule pendant environ 10km puis quitte la piste et m’arrête quelques centaines de mètres plus loin. En fait, statistiquement, il y a autant de chance de tomber sur un serpent sur la piste que partout ailleurs. Je m’éloigne juste pour éviter les nuages de poussière créés par une probable autre voiture et ainsi laisser les fenêtres du Patrol ouvertes sans risquer que l’habitacle ne ressemble à un chantier archéologique. Précaution bien vaine puisque aucune voiture n’est passée ici aujourd’hui.

Rapide prospection entre 13 et 14h, histoire de voir si la zone est potentiellement intéressante, et elle l’est, et histoire de faire aussi connaissance avec mes nouvelles copines les mouches, toujours aussi nombreuses et collantes et je m’interroge encore quant à leur rôle dans le réseau trophique local. Il fait vraiment chaud, l’absence de vent y est pour beaucoup, je retourne à la voiture pour la sieste salvatrice. Je ressors vers 16h, trempé de sueur, pas forcément reposé, mais toujours très motivé. La lumière commence à être rasante et plus chaude, j’espère en profiter et faire des photos. Je ne prends que le strict minimum : un boîtier et deux objectifs, un 105mm monté sur le boîtier et un petit 35mm dans la poche. À 17h30 heure locale, une forme attire mon attention. Cela aurait pu être la énième branche gisant sur le sol ou la énième pierre oblongue luisant au soleil, mais non, ça bouge, ça serpente, ça s’éloigne, ça être un serpent. Cours Forest ! Cours ! J’arrive juste à temps pour attraper le bout de queue qui traîne à suivre le reste du corps dans une fissure du sol. J’essaye délicatement de tirer l’animal hors de sa cachette pour ne pas le blesser. Les quelques secondes que dure cette lutte acharnée me laissent le temps d’analyser un peu la situation : le corps est large et musculeux, les écailles sont lisses, la couleur est rouge sombre brillant, le ventre jaunâtre tirant sur le rouge vers la partie antérieure du corps. Le verdict tombe : il s’agit vraisemblablement … d’un Pseudonaja d’Ingram ! Une belle femelle, je suis bien placé pour voir ça, adulte, d’environ un mètre vingt. Petite déception – j’aurais préféré un taipan à petites écailles – qui laisse rapidement place à l’euphorie de pouvoir enfin faire des photos de serpent.

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Pseudonaja d’Ingram, femelle adulte dans les plaines arides de l’Ouest Queensland.

Pas vraiment ravie d’être ainsi interrompue dans sa chasse de fin d’après-midi, la belle sort le grand jeu et devient menaçante. Beaucoup de sifflements, de gueule ouverte, de nuque aplatie et de fausses attaques, beaucoup de bluff en réalité. Bluff nécessaire mais surtout très utile et parfois suffisant, car il faut que vous le sachiez, et pas seulement dans la colle, la fabrication du venin est un procédé très coûteux pour les serpents et, dans un milieu aussi aride que celui-ci, où la rareté des proies n’a d’égale que la difficulté de les débusquer dans ces immenses réseaux de galeries souterraines, les serpents se doivent d’immobiliser leur proie le plus rapidement possible en un minimum d’essais. Ainsi, les ophidiens de ces régions utilisent rarement le venin comme moyen de défense, pas question de gaspiller ce précieux liquide quand il suffit de paraître plus gros ou plus bruyant qu’on ne l’est.

On voit souvent le venin comme un mélange mortel – pour nous - mais on en oublie cependant son rôle vital – pour eux.

Bref, revenons à notre magnifique Peudonaja d’Ingram. Après quelques minutes de fureur, le serpent se calme enfin et je peux commencer à faire des photos. Mes mouvements, aussi lents soient-ils, font réagir l’animal et je décide de garder mes distances : pas moins de 50 cm. La précédente explication sur l’utilisation modérée du venin comme moyen de défense est rarement une réflexion de terrain, surtout à moins d’un mètre d’une bestiole mortelle, surtout à deux kilomètres de la voiture, surtout à 200km de l’hôpital le plus proche.

Après une vingtaine de minutes, le temps passe vite quand on s’amuse, il est temps de laisser madame vaquer à ses occupations.

Au bout de quelques secondes, il semble qu’elle ait déjà oublié sa mésaventure, sa fuite devient alors une balade tranquille durant laquelle elle s’arrête pour humer son environnement avant de repartir, confiante et puissante, mais si fragile à la fois.

Et je la regarde s’éloigner lentement sous le soleil couchant, cherchant minutieusement une fissure dans laquelle passer la nuit. C’est beau la nature. Quand je pense que Dieu n’a rien à voir là-dedans ...

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Pseudonaja d’Ingram en promenade de fin d’après-midi.

Le soir, je trie mes photos et je me prépare les deux dernières courgettes qui ont littéralement explosé à cause de la chaleur. Je ne peux m’empêcher de sourire en repensant à cette séance photo. Je vais bien dormir.

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Branleur ? Ouais, mais j’assume.


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11 août 2009

Boodjamulla, le serpent arc-en-ciel.

Je viens de quitter Lawn Hill NP, ou, en nom aborigène, Boodjamulla National Park. Jusqu’en 1976, Lawn Hill Station était une ferme d’élevage de plus de 11000 km2, propriété du Brésilien Sebastiao Maia, dit « cattle king », depuis 1975. La station avait appartenu à plusieurs éleveurs depuis les années 1860, s’agrandissant d’année en année et devenant la plus grande ferme du Queensland.

En 1984, Sebastiao Maia céda une grande partie du domaine au gouvernement australien qui le classa Parc National.

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Gorges de la Lawn Hill River, Boodjamulla NP.

Lawn Hill NP est une oasis au milieu du golfe de Carpentaria. Les eaux émeraude de la rivière Lawn Hill traversent des gorges de roche rouge. La végétation y est luxuriante et le parc est un refuge pour la faune sauvage. Plusieurs centaines d’espèces d’oiseaux profitent de la fraîcheur des berges ; Long-tailed Finch, Crimson Finch, Yellow-tinted Honeyeater et autres Great Bowerbird viennent s’y désaltérer tandis que, dans l’ombre, les Black Bitterns guettent les poissons distraits. La journée, crocodiles et tortues se chauffent entre les palmiers pendant que les Ta-ta Lizards (Ctenophorus caudicinctus, agamidé) se baladent sur les pentes abruptes qui surplombent la rivière.

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Great Bowerbird (Chlamydera nuchalis) s’activant à entretenir son nid.

La présence du peuple aborigène sur ces terres remonte à environ 30 000 ans. Les premiers occupants, le peuple Waanyi, appelaient cet endroit « Boodjamulla Country» ou Territoire du Serpent Arc-en-ciel. Selon le peuple Waanyi, Boodjamulla, le serpent Arc-en-ciel, aurait créé les gorges de Lawn Hill ainsi que cette oasis permanente. Aujourd’hui encore, les gorges servent à des cérémonies rituelles. En témoigne la présence de nombreuses peintures et gravures aborigènes. Certains lieux, comme Island Stack ou encore la grotte du Wild Dog Dreaming, sont sacrés pour le peuple Waanyi et il nous est demandé de ne pas prendre de photos.

En descendant la rivière on rencontre de nombreuses cascades dues aux barrages d’une roche calcaire très fragile appelée tufa. Il y a des millions d’années, l’accumulation de débris végétaux en tout genre ralenti les cours d’eau riches en limons. Ensuite, l’évaporation fixa progressivement le calcaire sur ces débris créant des designs dont certains auraient pu sortir tout droit de l’imagination de H.R. Giger.

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Tufa, formation calcaire le long de la rivière Lawn Hill.

Du haut de Constance Range on peut admirer la vaste plaine aride au milieu de laquelle serpent la rivière Lawn Hill. Le matin, lorsque les cacatoès réveillent la forêt et que les rapaces s’élèvent dans un ciel bleu profond, on se laisse facilement emporter dans ses pensées.

Les Aborigènes disent que la terre ne leur appartient pas, mais que se sont eux qui appartiennent à la terre. Quelle est effectivement la place de l’Homme sur cette planète ? On se sent si petit devant de telles immensités.

En marchant dans la plaine, les milans tournoyaient au-dessus de ma tête, attendant le moment où je m’écroulai, mort. Certains dirigent le Monde, d’autres rassemblent les foules, d’autres encore se prennent pour Dieu, détruisent ou construisent. Mais peut-être ne sommes-nous que ça : un tas de viande qui marche et qui pense. Notre intelligence nous a sorti de la condition animale, mais ne nous a toujours pas permis de connaître notre place dans ce monde. Nous, êtres hors nature, avec nos sentiments, nos visions et nos principes logiques, nous sommes remis en place par ce système que peu connaissent et encore moins comprennent. Ce système naturel, certains en ont peur et le détruisent car il les met en face de leurs faiblesses, il les met en face d’eux-mêmes. Car c’est bien la nature, et par là j’entends la nature sauvage mais aussi notre nature, nos instincts et nos peurs, qui nous révèle en tant qu’être humain. Autrement dit, c’est la nature qui, nous rappelant à elle et nous exacerbant, nous révélant, fait de nous des êtres humains.

Ceux qui la fuient se fuient eux-mêmes ; ceux qui la détruisent se détruisent eux-mêmes ; ceux qui la respectent se respectent eux-mêmes. Moi, je la prends en photo, quel narcisse !

Je ne peux que conseiller à toute personne, en particulier à toute personne de pouvoir, qu’elle soit PDG d’une multinationale, dictateur en activité (ou en devenir), ou simplement parent, de se planter devant de tels paysages (pas forcément ici, c’est loin), de regarder et de comprendre ce qu’elle a sous les yeux.

Le premier ou la première qui me dit qu’il y voit un centre commercial ou un aéroport international, j’y fous mon poing dans la gueule.

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Vue extraordinaire de Constance Range, à la tombée du soir.

Plus au sud, juste avant d’atteindre la rivière Gregory, on peut visiter une petite partie d’un site classé World Heritage Area, le Riversleigh D-Site.

C’est quoi donc que ce D-Site ? Il s’agit d’un des plus importants dépôts de fossiles de la zone de Riversleigh. Le site s’étend sur plus de 10 000ha mais seule une infime partie est ouverte au public.

La gestion est confiée à l’université du NSW ainsi qu’à l’Australian Museum.

Riversleigh présente des fossiles datant de l’Oligocène, il y a 25 millions d’années, qui sont d’une incroyable diversité. Plus de 300 espèces animales ont été trouvées sur le site. De l’escargot au crocodile d’eau douce de 5 mètres en passant par des lions marsupiaux et des oiseaux de 2,5 mètres de hauteur (et oui, pas d’envergure !).

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Fémur de Big Bird, oiseau de 2,5 de hauteur vivant il y a 25 millions d’années.

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Purple-crowned Fairy-wren le long de la Gregory river. Suffit pas d’avoir une plume dans l’cul pour avoir l’air d’un coq.


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06 août 2009

Sur les traces des premiers explorateurs.

Je quitte la rivière Alexandra et ses wallabies, ses grues, ses moustiques et ses crocodiles et me dirige vers Burketown, prononcez « Beurk – town ». Je n’irai pas plus loin dans l’humour de bas étage car je viens de faire un constat alarmant : plus je

me relis et plus je trouve que le niveau baisse … L’article « pipi-caca » de la semaine dernière me met face au mur. Je me dois, et je vous dois, de réagir.

C’est pourquoi cette semaine nous allons faire un peu d’histoire. Et, puisque je suis actuellement en Australie, pourquoi ne pas parler des premiers explorateurs … de l’Australie ! Bah oui, facile, j’ai la doc sous les yeux !

C’est ainsi qu’en 1858, vit le jour une expédition financée par deux importantes société d’import-export et impliquant une vingtaine d’hommes de 5 nationalités différentes. Le gouvernement australien mit à disposition de l’équipe pas moins de 26 dromadaires pour les aider à réaliser leur incroyable aventure : traverser l’Australie du Sud au Nord.

Le groupe d’hommes, mené par Robert Burke et William Wills, devait partir de Melbourne, traverser le New South Wales, atteindre Birdsville, dans le Queensland, pour enfin remonter jusqu’à Normanton, dans le golfe de Carpentaria. Tous ces hommes étaient policiers, soldats, scientifiques, artistes, matelots, bûcherons ou encore cuisiniers ou bouchers. Aucun n’était né en Australie et aucun n’avait connaissance de l’incroyable hostilité de l’environnement qu’ils allaient traverser.

Australie_0114___30_juillet___Savannah_Way

En arrivant dans le Golfe de Carpentaria, Burke et Wills ont dû se dire : « Au fait, t’as pris la crème solaire ? »

Au début du mois de Février 1861, dans la région de Normanton, la mousson battait son plein et la température moyenne était de 50°C. L’expédition établit le Camp 119 et, alors que King et Grey étaient restés sur place avec le matériel et les dromadaires, Burke et Wills décidèrent de partir avec un cheval et trois jours de nourriture afin d’atteindre l’océan.

Pressés, trop pressés, d’arriver sur la côte nord, les deux hommes ne suivirent pas la route prévue. Marais salant à perte de vue, mangroves inextricables et vasières immenses furent autant de barrières qui se dressèrent contre eux. Il leur était impossible d’atteindre leur but. La déception de Burke se ressent dans les rares lignes qu’il ajouta à son journal de voyage : « … j’aimerai pouvoir dire que nous avons atteint l’océan, mais il nous est impossible d’apercevoir le moindre parcelle de mer bien que nous ayons fourni tous les efforts pour y parvenir. »

Quittant le Camp 119, il ne restait plus aux quatre hommes que très peu de vivres et, en mars, ils ne se nourrissaient plus que de viande séchée. Grey fut le premier à mourir, 130 kilomètres avant d’arriver au dépôt de Cooper Creek. Ses trois compagnons étaient tellement à bout de force qu’ils mirent une journée entière pour l’enterrer.

Arrivés à Cooper Creek, Burke, Wills et King apprirent que Brahe, qui les avait attendus avec trois autres hommes, venait de périr neuf heures plus tôt.

Le reste de l’expédition, de plus en plus faible, trouva un peu d’aide auprès de peuplades aborigènes qui leur expliquèrent l’utilisation du nardoo, une plante locale. En Juin, le groupe s’était intoxiqué et souffrait du « beri-beri », faute de savoir correctement préparer le nardoo qui, brut, est fortement concentré en thiaminase. Partants chercher de l’aide chez les Aborigènes, Burke et King laissèrent Wills avec le peu de provisions qu’il leur restait. Mais Burke décéda deux jours plus tard et, quand King fut de retour au camp, il trouva Wills, mort également.

King fut recueilli par des Aborigènes et finalement retrouvé par une expédition de secours.

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Carte érigée à l’emplacement du Camp 119 et montrant les différentes étapes depuis Melbourne.

Aujourd’hui, j’ai marché sur les traces de ces aventuriers de l’extrême. Je suis allé au Camp 119, j’ai vu ce que ces hommes ont bâti, j’ai lu leur histoire extraordinaire et tragique.

Puis j’ai roulé à 100 km/h sur les pistes en écoutant du Led Zep, avec mes lunettes noires et mon eau fraîche. Les temps changent.

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Dromadaire moderne …


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01 août 2009

Direction la côte Nord.

Ola, plus de 15 jours sans écrire, faut se ressaisir mon garçon ! Remarque, j’arrive quand même à tenir ce pseudo journal depuis 3 mois, c’est pas mal.

Bref, il s’en est passé des trucs durant ces 15 jours. J’ai poursuivi ma découverte des hauteurs de Cairns, me baladant entre Atherton, Malanda, Ravenshoe et retournant à Cairns de temps en temps pour régler deux ou trois choses (acquisition d’un 35mm f :2 pour compléter ma plage de focales et faire encore plus de photos de paysages … ah si, j

’ai acheté une nouvelle voiture, un 4X4 … comme ça je peux écraser encore plus de kangourous et autres bandicoots, je peux même faire dans le mouton ou le gros chien, car j’ai un super pare buffle !). En fait je peux surtout aller partout en ayant l’esprit tranquille, c’est ça qui compte. Ne pas savoir si la voiture va démarrer ou encore me demander si j’allais voir une de mes roues me dépasser lors d’un virage serré, c’était un peu stressant, surtout dans l’outback. Même si c’était ma seule source de stress.

Là, ça déchire, je peux faire 1000 km avec un plein d’essence, j’ai plus de volume à l’arrière pour « travailler » (ça fait sérieux mais j’ai pas trouvé d’autre mot). Je peux aussi monter sur le toit pour faire des photos, c’est la grande classe !

Le quotidien est donc grandement amélioré, c’est comme si j’avais un nouvel appartement. Tiens, j’en profite pour vous décrire une journée typique, c’est pas compliqué : levé, petit-déjeuner, photos, éditing (c’est-à-dire trier les photos de la journée et supprimer les déchets, parfois jusqu’à 90% des images), dîner, dodo. Entre ces catégories basiques, on peut introduire d’autres actions, comme « pipi », « courses », « tourisme », « regarder des épisodes de Friends », « route », « sieste », « caca » …

En règle générale, la journée commence le plus souvent par « lever » et plus rarement par « caca ».

Une grosse journée de photos sur un site génial donne : lever, photos, dîner, dodo.

S’il ne fait pas beau mais que je reste sur place, ça donne plutôt : lever, pipi, petit-déjeuner, regarder des épisodes de Friends, sieste, caca, regarder des épisodes de Friends, pipi, éditing (faut bien bosser un peu), dîner, pipi, regarder un film avec Clint Eastwood (j’ai trouvé « Chasseur blanc, cœur noir », qui est toujours aussi grandiose), pipi, dodo.

Je sais, ça casse le mythe de l’aventurier cherchant des bestioles dans les grandes étendues sauvages.

PS : « caca » inclus « pipi », la réciproque n’est pas vraie.


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Gilbert Creek, sur la Savannah Way, dès le début de la saison des pluies, l’eau aura recouvert ces étendues de sable et il sera parfois impossible de traverser la rivière.

Bref, après avoir quitté Cairns une bonne fois pour toutes, je suis retourné à Bromfield Swamp faire quelques photos de grues. J’ai ensuite navigué entre Malanda (où j’ai vu mon premier ornithorynque !), le lac Eacham (où j’ai attrapé quelques serpents – Pseudechis porphyriacus et Dendrelaphis punctalata, sans pour autant faire des photos) et enfin les Misty Mountains, où j’ai passé quelques temps au Henrietta Campground, arpentant la forêt tropicale et débusquant quelques scinques aquatiques (Eulamprus quoyii).

J’ai ensuite dit au revoir à cette magnifique région, en espérant y retourner un jour, et j’ai pris la direction de Georgetown. Un arrêt express à Undara Volcanic NP me permet de faire quelques photos de kangourous gris (Macropus giganteus) et de revoir mes cours de géologie. En effet, il y a 190 000 ans, à peu de choses près, une éruption volcanique très importante se produisit dans la région d’Undara. La lave s’écoula jusqu’à plus de 160 km vers le nord-ouest au débit de 1000 mètres cube par seconde. Durant sa progression, le flux de lave emprunta le lit d’anciennes rivières. La lave en surface durcit alors au contact de l’air et, une fois l’éruption volcanique terminée, il ne resta plus qu’un tunnel formé par la roche volcanique refroidie. On appelle cela des tubes de lave. Mais Maître Pierre Cabard vous en convaincra mieux que moi.


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Kangourou gris de l’Est prenant une femelle et son pied. J’ai tout filmé.


Après Undara, je continue sur la Savannah Way, faisant une halte d’une nuit à Gilbert Creek, puis continuant ma route jusqu’à Normanton et enfin Karumba. Karumba est une ville côtière du Golfe de Carpentaria connue pour ses couchers de Soleil sur la Mer d’Arafura et ses spots de pêche. J’y ai surtout fait des photos d’oiseaux côtiers (Glossy Ibis et Black-winged Stilt) et de wallabies agiles (Macropus agilis). Et bien sûr le coucher de soleil, magnifique, et mangeant des spaghettis à la bolognaise, étonnamment bons quand on connaît la cuisine du pays, avec des vrais épices, des vraies tomates et du vrai parmesan en copeaux et non en poudre, sur la terrasse de la Sunset Tavern.


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Un coucher de soleil banal sur la mer d’Arafura, comme 365 jours par an …


De retour à Normanton, je fais le touriste durant quelques heures. Outre le célèbre vrai faux crocodile marin, incontournable, je visite le Purple Bar et j’admire les magnifiques trottoirs en vraie pierre carrée ainsi que les superbes grilles d’égouts en vrai fer forgé qui ornent la ville et font oublier que l’on se situe quand même dans le trou du cul du monde. Mais revenons sur le croco en plastique : c’est la réplique grotesque d’un vrai crocodile marin (Crocodylus porosus) de 8,63 mètres tué par une femme – Renaud devrait modifier les paroles de Miss Maggie . Il s’agit là du plus grand spécimen de crocodile marin trouvé à ce jour et homologué. Il avait probablement plus de 80 ans, s’était baladé toute sa vie dans l’archipel indonésien et avait sûrement assisté aux scènes les plus extraordinaires dans les profondeurs de l’océan. Mais toutes les bonnes ont une fin, et ce jour-là, Krys, c’est le nom de la tueuse, malgré toute la vaisselle qui l’attendait à Normanton, avait décidé de prendre la barque et de tirer quelques crocos. On connaît la suite.

D’ailleurs, puisque je parle de crocodiles, j’avoue honteusement d’avoir toujours pas vu de crocodile marin. J’ai encore le temps, mais quand même, je suis pressé de me retrouver nez à nez avec cette bestiole.


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Crocodile de Johnstone dont seuls les yeux et les narines sortent de l’eau.

Par contre, c’est au bord de la rivière Alexandra, entre Normanton et Burketown, que je rencontre les premiers spécimens de crocodiles de Johnstone (Crocodylus johnstoni). Il existe deux espèces de crocodiles en Australie et le crocodile de Johnstone – ou crocodile d’eau douce – est la plus petite des deux. Contrairement à son cousin géant qui fréquente aussi bien la pleine mer que les rivières côtières, les Freshies, comme on les appelle ici (allusion à Freshwater Croc et en opposition aux Salties, les crocodiles marins), ne se rencontrent que dans les eaux douces. Ils mesurent entre deux et trois mètres et ne sont pas considérés comme dangereux pour l’homme, bien qu’il ait eu quelques incidents. Ils se nourrissent de poissons, amphibiens, reptiles et piafs. La chasse subaquatique est facilitée grâce à leur museau étroit (diminution de la résistance à l’eau) et leurs dents acérées ne laissent échapper aucune proie. Ceux que j’ai rencontrés ici étaient très farouches et plongeaient au moindre bruit ou mouvement de ma part. Ils semblent être constamment conscients de leur environnement, ne fuyant que s’ils considèrent que le danger est réel ou se déplaçant seulement de quelques centimètres, toujours sans être vus, si la menace est moindre. Ce niveau de perception est réellement impressionnant, on n’en attendrait pas moins venant de créatures qui règnent sur la planète depuis plus de 200 millions d’années, ont survécu aux dinosaures, sont réparties sur tous les continents (sauf l’Europe) et font partie des plus grandes espèces de reptiles connus à ce jour.


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Groupe de Freshies en basking (prenant le soleil) à la fin de la journée.


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Wallabies agiles : femelle et son petit venant laper l’eau de la rivière. Ne vous inquiétez pas, les crocodiles de Johnstone ne mangent pas de wallabies.


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17 juillet 2009

Ce matin là ...

La région de Cairns est particulièrement riche en espèces animales en tous genres.

A l'ouest, sur les hauteurs, à proximité des villes de Mareeba ou encore d'Atherton, l'avifaune est une des plus riches du pays. Environ 450 espèces d'oiseaux y ont été recensées. Il faut dire que la variété des milieux est extraordinaire, les paysages alternent entre forêt primaire, bush et forêts d'eucalyptus, plaines agricoles, prairies de moyenne altitude ... sans compter les innombrables plans d'eau : cratères volcaniques ou simplement étangs artificiels creusés dans les années 60 à des fins ornithologiques.

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Sarus crane - Grus antigone.

Bromfield Swamp gît dans un cratère d'origine volcanique. Il y a encore environ 20 000 ans, la région d'Atherton connaissait une forte activité volcanique. Avant l'arrivée des européens, il y a environ 120 ans, la région était recouverte de forêt tropicale. Aujourd'hui, une majorité des terres ont été transformées en pâturages pour le bétail. Bromfiled Swamp est alors devenu un important refuge pour les Brolgas (ou Grue rubiconde, Grus rubiconda) et les Sarus Cranes (Grue antigone, Grus antigone). L'étang accueille aussi des oiseaux d'eau tels que les Hardhead, Pacific Black Duck ou Plumed Whistling-Duck pour les Anatidae, pas mal de passereaux comme le Lewin's Honeyeater ou l'Australian Pipit et beaucoup de rapaces (Black-shouldered Kite, Black Kite, Whistling Kite, Spotted Harrier, Swamp Harrier, Wedge-tailed Eagle, Nankeen Kestrel, Brown Falcon, Grey Goshawk, pour ne citer que les plus communs). Limicoles et Ralidés y sont naturellement présents aussi.

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Spotted Harrier - Circus assimilis.

Dès le lever du jour, de petits groupes de grues remontent les pentes du cratère et quittent le plan d'eau pour aller se nourrir dans les champs alentours. Toute la matinée, l'étang se vide petit à petit et les bavardages des grues laissent place au calme de la campagne.
Le soir, la troupe retourne au dortoir avec une ponctualité étonnante. Les quelques individus qui étaient restés sur place tout au long de la journée signalent leur présence aux nouveaux arrivants. Les communications incessantes permettent aux grues de rester groupées pour la nuit.


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Les nocturnes ...

Commençons par un proverbe débile (pléonasme) : « La nuit, tous les chats sont gris. »
On pourrait s’interroger longuement sur la signification philosophique de cette phrase, en construisant notre argumentation autour de la notion de perception – en effet, si nous les voyons gris, cela veut-il dire qu’ils le sont ? Un peu comme l’arbre qui tombe dans une forêt où nul être vivant ne peut l’entendre. S’il n’y a personne pour l’entendre, sa chute fait-elle du bruit ?
Bref, revenons à la nuit. Les dernières semaines ont été l’occasion de sortir les lampes torches ainsi que l’efficace casque-flash (idée piquée à Gilles Martin, fallait déposer le brevet mon Gilloux !). C’est aussi l’occasion d’observer quelques espèces de mammifères, si discrètes durant le jour, ainsi que quelques reptiles et arthropodes (celles et ceux qui n’aiment pas les araignées peuvent changer de chaîne).
Les hauteurs de Cairns (Queensland) abritent encore quelques forêts tropicales, souvent parcs nationaux, et jouissent d’un profil hydrogéologique particulier, résultat de millions d’années d’activité volcanique. Le lac Barrine, un des deux lacs du Crater National Park, fait partie de ces lacs volcaniques entourés d’une dense forêt humide.
Dans de tels biotopes, la vie, si bruyante et colorée le jour, se fait plus discrète la nuit. Elle n’en est pas moins omniprésente.
Au détour d’un sentier, on se fait soudain couper la route par un petit rongeur qui se perche rapidement sur une liane et nous fixe sans crainte.

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Fawn-footed Melomys – Melomys cervinipes .

Les marsupiaux comme les bandicoots ou les antéchinus courent dans les sens à la recherche d’invertébrés et de petits reptiles dont ils se nourrissent. Un bandicoot, probablement aveuglé par la lampe, ne m’évite pas et se prend dans mes pieds !

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Yellow-footed Antechinus – Antechinus flavipes.

Sous les pierres ou sous les souches en putréfaction, le monde des reptiles s’ouvre à nous. Geckos, scinques, serpents daignent parfois nous montrer leur frimousse et nous tirent la langue avec malice.

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Oedura coggeri, représentant les Gekkonidae.

Les yeux des araignées brillent de mille feux et nous permettent de les repérer. Les Lycosidae chassent au sol, se déplaçant rapidement et sautant sur leur proie avec vigueur grâce à leurs papattes velues. Certaines espèces sont très mimétiques et paraissent ternes lorsqu’on les regarde de notre point de vue de géant. Mais baissez vous et observez de plus prêt, vous constaterez alors avec émerveillement (rien que ça !) quelles fantastiques couleurs arborent ces arthropodes.

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Lycosidae sp. nous montrant ses magnifiques chélicères rouges et noirs.

Enfin, profitons de la nuit pour observer le ciel, différent de celui de l’hémisphère nord.
C’est l’occasion de se rappeler quelques nuits passées en Turquie avec une bande de joyeux ornithologues qui prendraient vraiment leur pied ici.

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La nuit, tous les chats sont gris …


Posté par acanthophis à 10:47 - Australie - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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