Tribute to the Sales Bêtes

Eric SANSAULT - Si c'est Aussie j'y vais aussi !

08 novembre 2009

Bilan des 6 mois.

Petit bilan des 6 mois.  

Premier constat : ça passe vite, trop vite. 

Deuxième constat : l’Australie est un pays fantastique qui mérite vraiment d’être visité en profondeur. Le problème, c’est que c’est plein d’Australiens, mais je reviendrai sur ce point.

 

Chaque bilan se doit d’avoir son lot de chiffres en tout genre, alors voici les principaux :

-       50 000 km parcourus (soit 6000 litres de pétrole).

-       50 000 déclenchements, 5000 photos conservées, 500 photos pas trop pourries.

-       250 espèces de piafs, 60 espèces de reptiles (15 serpents), 30 espèces de mammifères identifiées.

-       2 voitures utilisées ( et deux crevaisons, une fuite de liquide refroidissement, un wallaby éclaté, une vitre réduite en éclats à cause d’un méchant petit caillou, un pot d’échappement pas loin de finir sur la route et je m’en tire vraiment bien).

 

Australie_0141___19_octobre___Devil_s_Marbles

Devil’s Marbles, NT.

 

Concernant le pays et la nature sauvage, certains endroits méritent vraiment de s’y attarder. Il faudrait pouvoir passer une année entière sur les hauteurs de Cairns (Atherton Tableland) pour apprécier réellement ses patches de forêt pluviale et ses étangs tropicaux à l’avifaune très riche (ah, Bromfield Swamp ...). Les petits coins très peu connus qui sont encore préservés des hordes de touristes sont souvent les plus dépaysants, je me rappelle très bien de ma nuit au petit camping d’Henrietta Creek, en pleine forêt tropicale, cherchant des scinques aquatiques (Eulamprus quoyii) sous les galets qui bordent la rivière. Je me rappelle surtout de la sensation d’être seul au monde à seulement 80 km de Cairns. Car au delà  des grandes villes de la côte Est et de la frénésie touristique des Kakadu NP, Uluru-Kata Tjuta et autres Blue Mountains, l’Australie c’est aussi et surtout la solitude des grands espaces ainsi que la relation étroite entre l’homme et la nature. Il est courant de rouler 3 heures sans croiser le moindre véhicule et nombreuses sont les journées durant lesquelles j’oublie l’existence de l’Homme sur la planète.

Ma traversée rapide du territoire du Nord n’a malheureusement pas complètement répondu à mes attentes. Bien qu’occidentale, la culture australienne est tout de même assez éloignée de la notre. Il y a beaucoup de comportements que je ne comprends pas. Dans le genre « gestionnaires restrictifs » les responsables des parcs nationaux du Northern Territory sont passés maîtres dans l’art d’exploiter les ressources des terres aborigènes et de faire payer les milliers voire millions de touristes réduits, rarement malgré eux, à suivre le mouvement tels de gentils moutons consommateurs.

Le plus marquant a été la visite du very famous Uluru – Kata Tjuta NP, à environ 400 km au sud-ouest d’Alice Springs. Je n’ai pas tellement envie de m’étendre là-dessus, mais disons que je suis allé de surprise en surprise (et pas que des bonnes, très peu de bonnes d’ailleurs). Sachez que l’entrée du parc est payante (25 dollars pour 3 jours – mais je m’en suis bien tiré sur ce point), que le parc possède des horaires d’ouverture et de fermeture – donc pour prospecter la nuit dans les dunes de sable à la recherche du woma ou de vipères de la mort du désert c’est pas pratique – et que toute l’ambiance touristico-aborigino-restrictive sent l’hypocrisie à plein nez. Sortez du sentier et vous risquez une amende de 110 dollars, ne prenez pas des photos de n’importe quoi car certains sites sont sacrés mais si vous allongez la monnaie, le niveau de sacralité peut diminuer miraculeusement.

L’argent et la consommation sont d’ailleurs les principales raisons d’être du Kakadu NP, à l’Est de Darwin. Les chauffeurs des cars de touristes laissent tourner le moteur et la climatisation pendant que les 30 passagers piquent une tête dans un trou d’eau plein d’algues (saison oblige), ça peut parfois durer une heure et c’est très rageant. Un matin, je signale à un ranger une importante fuite d’eau dans les toilettes du camping, on me répond que la saison des pluies arrive et que ce n’est pas la peine de réparer. Un comble !

 

Australie_0143___2_novembre___Little_Red_Flying_fox

Little Red Flying-fox, sortant par milliers au crépuscule sur la Katherine River, NT.

 

Paradoxalement, c’est dans le territoire du nord que j’ai fait les plus belles rencontres humaines. Tout d’abord Daniel, croisé à Trephina Gorge, crapahutant dans les rochers et qui m’invita à passer une nuit chez lui, à Elliott, pile poil entre Alice Springs et Darwin, deux semaines plus tard. Puis ce sont Jurij et Renata qui, profitant d’une conférence de physique atomique à Melbourne, décidèrent de faire un tour dans le centre du pays pour voir l’Ayers Rock (Uluru). Je les prends en stop à l’entrée du parc et eux me payent le billet. On a passé la journée ensemble, Jurij a même attrapé un moloch, il était tout fou, on aurait dit un gosse !

Enfin, à Kakadu, alors que je me baladait avec mes jumelles, un jeune homme se dirige vers moi avec un bouquin sur les piafs et me demande : « Euh, sorry, av you cine zis beurd ? » C’est Anthony, un naturaliste de 26 ans. Lui et sa copine Rose font aussi le tour du pays dans une optique naturaliste (optique de coche en fait). Ils s’y connaissent en tout, herpéto, piafs, entomo, bota, et bêtes à poil. Nous décidons de faire toute la côte Ouest et une partie de la côte Sud ensemble.

Nous sommes désormais tous les trois en Australie Occidentale (WA), état qui, dès notre traversée de la frontière (trop long à raconter ici), me paraît encore plus strict et réglementé que les précédents. J’ai réussi à me faire gueuler dessus par un ranger car je m’étais écarté du chemin d’environ 5 mètres. Tel le gardien d’un camp de travail polonais, le méchant ranger australien est là pour remettre le mouton rebelle sur le droit chemin. Pour revenir brièvement sur le passage à la douane, disons que même les SS ne fouillaient pas aussi bien les voitures quand ils cherchaient des juifs.

Mais toutes ces rencontres alors ? Tout n’est pas perdu !

Effectivement, sauf que Daniel est d’origine Hollandaise a baigné dans la culture Européenne toute sa vie, que Renata et Jurij sont slovaques et vivent en Suisse et que Rose et Anthony sont Français (Bretons, pour être précis, c’est pas tout à fait pareil).

 

PS : la carte est à jour avec deux nouvelles images.

 

Australie_0145___4_novembre___Demansia_sp

Demansia sp., petit Elapidé non venimeux. J’attends une réponse d’un spécialiste pour être sûr de l’espèce.

 

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30 septembre 2009

photo du mois - septembre 2009 - rainette verte

La rainette verte australienne (Litoria caerulea) est très répandue dans dans toute la partie Nord/Nord-Est du pays. Le moindre point d'eau est propice au développement de cette espèce et l'individu photographié ici a été trouvé le long d'un canal d'irrigation dans les plaines arides des Mitchell Grass Downs près de Winton, Qld.


2009_09___Rainette_verte_Australienne


PS : la carte est à jour.

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21 septembre 2009

THE carte de la mort qui tue.


Sur une idée lumineuse d’une personne qui se reconnaîtra, je mets en ligne une petite carte du pays sur laquelle j’ai tracé le parcours réalisé jusqu’à présent.


MAP_0003___7_novembre


Cette carte sera mise à jour au fur et à mesure et vous pourrez la consulter en cliquant sur le lien « Carte » situé à votre gauche. Si vous cliquez sur la carte, elle s’affiche en plus grand et c’est trop bien.

Je présente aussi quelques photos des milieux traversés. N’hésitez pas à vous balader sur Google Hearth ou Google Maps pour avoir plus de détails, vous vous rendrez aussi mieux compte de l’immensité des espaces.

13 - 5 novembre - Wyndham

13___5_novembre___Wyndham


12 - 26 octobre - Kakadu NP

12___26_octobre___Kakadu_NP


11 - 3 octobre 2009 - Glen Annie Gorge dans le parc de Ruby Gap, Territoire du Nord.

11___2_octobre___Ruby_Gap


10 - 1er septembre 2009 – « Big Red », désert de Simpson, Qld

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9 - 7 août 2009 – Lawn Hill NP, Qld

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8 - 5 août 2009 – Alexandra Creek, Savannah Way, Qld

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7 - 16 juillet – Bromfield Swamp, Cairns Tableland, Qld.

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6 - 7 juillet 2009 – Bramston Beach, pas loin de Cairns, Qld

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5 - 30 juin – Iron Rage NP, péninsule du Cap York, Qld

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4 - 15 juin 2009 – The Channel Country, Qld

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3 - 8 juin 2009 – Lake Wabby, Fraser Island, Qld

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2 - 17 mai 2009 – Three Sisters, Blue Mountains National Park, NSW

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1 - 6 mai 2009 - Opéra de Sydney, NSW

05_06___Sydney_0016___Op_ra_de_Sydney



 

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Birdsville Races, quand la bière rencontre la poussière.

L’Homme moderne (Homo sapiens sapiens) est un mammifère placentaire commun sur tous les continents. Outre une bipédie permanente et des pouces opposables, peu de caractéristiques physiques permettent de distinguer un Homme d’un chimpanzé ou encore d’un poisson rouge.

Lâché dans une nature hostile et sans pitié, l’Homme se sent faible et démuni. En effet, bien que Dame Nature ait doté le lion de griffes acérées, l’aigle d’une vue perçante et le scorpion d’un dard au venin mortel, elle n’a pas daigné équiper l’Homme de tous ces outils de base, indispensables pour se nourrir et se défendre, bref, indispensables pour survivre. Ce qui confère à l’Homme sa suprématie sur le monde animal et le maintient au rang du super-prédateur par excellence est son incroyable intelligence. Le lion possède des griffes, l’Homme créé le fusil ; l’aigle possède une vue perçante, nous fabriquons la longue-vue ; le scorpion possède un venin mortel, nous inventons la chaussure de randonnée avec semelle ultra-résistante pour écraser ces sales bêtes. Nous ne sommes pas tous égaux face à l’intelligence, enfin, quand je dis « nous », c’est surtout à vous que je pense. Déjà, il y a plus de 2000 ans, alors que les Romains, ces idiots, pensaient crucifier un schizophrène, certains grands esprits savaient qu’il s’agit là du fils de Dieu. Plus récemment, lorsque ce chancelier visionnaire allemand se proposa de transporter gratuitement, dans le seul but de les instruire, des familles entières des milieux cosmopolites européens vers des établissements modernes où parents et enfants pourraient travailler au calme, à la campagne, sans risquer d’être déconcentrés, certains sombres esprits s’offusquèrent devant la création de ces camps de concentration. Enfin bref, tout ça pour dire que c’est bien au seul génial cerveau humain que nous devons les plus importants changements et les plus grandes inventions de cette planète. De la Messe de Requiem de Mozart à la chaise électrique en passant par le préservatif et la bombe atomique, l’Homme ne cesse de se surpasser.

D’un point de vue strictement éthologique, l’Homme est une espèce particulièrement intéressante à observer. Animal naturellement grégaire et social - sans toutefois être sociable – l’Homme se rassemble parfois en très grand nombre dans le but de s’adonner à une activité commune. Qu’il s’agisse d’un match de football, d’une partouze ou encore d’une manifestation anti-avortement, il existe de nombreux exemples de rassemblement humain à travers le monde.

Poursuivant mon périple australien, j’ai eu la chance d’être le témoin du regroupement humain le plus important au sud-ouest du Queensland : les Birdsville Horse Races.

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Depuis tout petit, je fais des allergies à la poussière et aux poils de chevaux …


Situé à la frontière du désert de Simpson, le petit village de Birdsville, à peine 120 habitants, organise depuis 1882 une des courses de chevaux les plus célèbres d’Australie. À l’époque, seule une poignée de spectateurs se déplaçaient dans cette région isolée pour assister aux courses. Aujourd’hui, la ville accueille plus de 6000 passionnés venus des quatre coins du pays pour voir courir leur favori, boire de la bière et manger des hot-dogs durant les premiers vendredi et samedi de septembre.

Chacun emporte sa chaise pliante et sa boisson (en général de la bière) et s’installe de préférence à l’ombre en attendant le début des courses. Vendeurs de hot-dogs et de bière font leur chiffre d’affaires pour l’année entière et l’on peut croiser quelques photographes venus de plus ou moins. Du jeune Français, qui faute de shooter des serpents, se rabat sur les chevaux, au reporter Australien, employé du gouvernement, envoyé ici pour couvrir l’événement avant de s’envoler pour la République Tchèque.


Australie_0140___4_septembre___Birdsville

De gauche à droite, la Sainte Trinité. Amen.



Bien que l’homme se rencontre dans tous les milieux de cette planète, des sommets de l’Himalaya aux déserts arides de Namibie, la femme, elle, reste le plus souvent dans la cuisine pour faire la vaisselle. On peut toutefois l’observer à l’air libre, dans le jardin, étendant le linge frais que la douce brise de printemps fera valser le temps d’une matinée d’avril.



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27 août 2009

C'est si bon la frustration !

Je viens de passer deux semaines à sillonner la région de Channel Country à la recherche du taipan. Comme je le disais précédemment, la chaleur d'un printemps précoce réveille la nature et apporte les premières pluies. Les prairies sont en fleurs, les agames se font bronzer sur les routes et les kangourous glandent à l'ombre des arbustes.

En descendant du parc national de Diamantina Lakes, je me suis arrêté sur un bon spot près de Monkira Station. Voici les coordonnées GPS du site, pour celles et ceux qui se baladent sur Google Earth : S:24°55'022'' et E:140°46'678". Cela faisait une semaine que j'attrapais un serpent par jour, une bonne moyenne même si les gentilles bébêtes étaient toutes des Pseudonaja d'Ingram.

Un matin, je trouve une mue de serpent. Une mue toute fraîche, elle n'était probablement pas là la veille. De plus, c'est une mue de taipan à petites écailles (je répète les critères pour les geeks : 23 rangées d'écailles au milieu du corps, écaille anale simple, sous-caudales divisées et large écaille temporale primaire très basse, atteignant presque le bord de la gueule).

Je retourne à la voiture, environ deux kilomètres au sud, et me dirige vers le spot en 4X4, histoire d'avoir le matos sous la main. Le soleil tape dur, le vent du sud réussi à peine à refroidir l'atmosphère et les mouches sont toujours aussi collantes. Vers 15h00, alors que je digérais tranquillement à l'arrière de la voiture, j'aperçois du coin de l'oeil une forme sombre à quelques mètres de moi. Ni une, ni deux, je bondis sur mes jumelles, puis dans mes chaussures, puis hors de la caisse. En effet, la forme sombre n'est autre qu'un taipan à petites zzzécailles ! Il vient de sortir d'une galerie de rongeur et s'est posé à l'entrée, en plein soleil. Je m'approche doucement, très doucement, l'animal ne bouge pas. Moins de deux mètres, je peux l'attraper, je suis tout près et lui, toujours immobile, me regarde tranquillement.

Soudain, une idée me vient à l'esprit. J'en ai pas beaucoup des idées, encore moins des bonnes, mais celle-ci pourra recevoir le Bad Ideas Award. Et oui, au lieu de l'attraper, de faire des photos durant deux heures et de me tripoter sur les-dites photos pendant des jours. Je retourne à la voiture pour chercher mon appareil !! Bah oui, normal !! Du coup quand je me retourne, il est plus làààààà !! Aaaahhhhhh !! La loooooooose !!!!

La suite est moins passionnante. J'ai fait le pied de grue durant 4 jours devant le trou, mais la bestiole n'est jamais ressortie (où alors durant la nuit). Je n'ai jamais été aussi frustré de toute ma vie !

Enfin bref, j'espère en trouver d'autres sur la route de Birdsville et faire des photos sympa. La mue mesurait plus d'un mètre soixante, l'individu observé était très grand et d'un bon diamètre. Ses écailles gris anthracite reflétaient le soleil de ce début d'après-midi. Magnifique. Mais bon, j'arrête, je me fais du mal.

Eric (qui se mettrait des baffes ...)

PS : j'ai gardé la mue, elle trône sur le tableau de bord, histoire de me rappeler qu'il faut toujours saisir sa chance dans la vie.


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21 août 2009

photo du mois - août 2009 - matin d'orage sur Channel Country

2009_08___The_Channel_Country

Posté par acanthophis à 10:35 - Photo du mois - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Diamantina Lakes NP

Bon je l’avoue, je n’ai absolument rien foutu hier. Je me suis levé avec le soleil, comme tous les jours, je suis sortis de la voiture pour faire trois photos du levé de soleil (et satisfaire quelques besoins vitaux) puis je suis rentré dans la voiture et j’ai lu toute la journée. J’ai fini le Stephen King, il zigouille tout le monde à la fin et ça fini en bain de sang avec morceaux de cervelle et compagnie, sympa. Enfin, je suis ressorti en début de nuit pour faire trois de la voie lactée en espérant qu’un des fantômes du livre ne sorte pas de sous la voiture pour me tordre le coup.

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Quelques secondes encore et sortiront les créatures de la nuit …

Ce matin, j’ai décidé de reprendre ma route, toujours à 20 à l’heure pour ne rien manquer. Je redouble le cavalier aperçu 4 jours plus tôt et, durant le sacro-saint rituel du « signe de la main pour faire coucou », je remarque du coin de l’œil un serpent qui vient de s’enfuir dans une crevasse sur le bord de la route. Et bon, comme d’hab, je pile, je sors en trombe, je cours comme un débile et plonge littéralement au sol, balançant de la poussière partout, me niquant un genou sur une pierre et loupant le serpent de quelques centimètres, tout ça sous le regard dubitatif du cow-boy et de ses trois chevaux.

On discute quelques minutes, avec le cow-boy hein, pas avec les chevaux. Il s’appelle Preston et il se balade dans la région juste comme ça, pour le trip. Il a 400 km à parcourir à dos de cheval, ses réserves d’eau quotidiennes avec lui et le reste de la nourriture dans une caravane que son père conduit et qui l’attend le soir à chaque fin d’étape. Je me dis que ça doit sympa aussi, à dos de cheval. Tu vas plus lentement, c’est plus tranquille, ça fait moins de bruit et t’es en peu plus haut qu’en voiture pour observer le paysage. Et puis, si jamais tu crèves de faim, tu peux toujours en tuer un pour le manger (je repense à la recette du Cheval Melba de Desproges …).

Il me dit que les 4 et 5 septembre se tiendra à Birdsville une des plus grandes courses de chevaux du pays : la Birdsville Cup. Le village de Birdsville, 120 habitants, aux portes du désert de Simpson, va accueillir durant deux jours environ 6000 personnes venues de tout le pays pour picoler et regarder des chevaux tourner en rond. Franchement, j’espère que le timing va coller et que je pourrai assister à cet événement, et jouer les Raoul Duke australiens. Je vois déjà l’ambiance mâles-bierre-poussière à la Fear and Loathing in Las Vegas. Enfin bref, c’est pas pour tout de suite.

Je dis au revoir à Preston, que je reverrai peut-être à Birdsville, et jette un coup d’œil à l’endroit où le serpent s’était caché. Il est ressorti et se chauffe au soleil, immobile. C’est encore un Pseudonaja d’Ingram mais tout noir cette fois-ci. Il me laisse l’approcher à moins de 50 centimètres, sans broncher. La couleur dorsale et le comportement placide me troublent, si bien que je prends à première vue pour un taipan (il y aura d’ailleurs une anecdote à raconter à ce sujet, mais seulement en privé, j’ai un peu honte). L’environnement et la lumière ne sont pas très jolis et je décide de ne pas faire de photo. Je l’attrape quand même avant de partir, juste histoire de le faire chier et de vérifier si la scalimétrie correspond à l’espèce.

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Plaine inondable de la région de Channel Country.

La scalimétrie, je sais même pas si ça existe vraiment comme mot, Word le souligne en rouge, c’est la disposition et le nombre d’écailles présentes à certains endroits du corps. Chez les serpents, on regarde souvent les écailles céphaliques et annales ainsi que le nombre de rangées d’écailles au milieu du corps. C’est parfois nécessaire pour pouvoir distinguer une espèce d’une autre, surtout si, comme dans mon cas, on a pas l’habitude de ces espèces. Concernant les écailles céphaliques, y en a tout plein, elles portent des noms barbares (pariétale, frontale, sus-labiale, sous-labiale, temporale, rostrale, loréale – parce qu’elle le vaut bien – post-oculaire, etc …) mais c’est bien de les connaître car ça peut aider sur le terrain. Comment ? Comme ça : deux personnes se baladent dans le bush, soudain, un méchant serpent qui n’aime pas les hommes et qui pense qu’à faire du mal aux gentils gens – il est peut-être même responsable de la crise économique, ça m’étonnerait pas – un méchant serpent, disais-je, sort des entrailles de la terre et mord exprès, gratuitement, pour le fun, un des deux gentils randonneurs qui n’avait rien demandé. Avec un sang-froid et une maîtrise dignes d’Hercule trépassant l’Hydre, le second randonneur tue la créature des enfers avec un bâton.

Pris de panique, n’ayant aucune connaissance de la faune ophidienne et ne sachant pas si la morsure est dangereuse, ils appellent en urgence le centre anti-poison de Brisbane. La malheureuse victime s’est assise à l’ombre d’un eucalyptus afin de limiter au maximum ses mouvements et ainsi minimiser l’augmentation du flux sanguin et la dispersion du venin, si venin il y a. Son camarade arrive à joindre le centre anti-poison. Au téléphone, une charmante demoiselle à voix douce et calme lui demande de décrire avec précision le serpent. Le randonneur regarde alors avec dégoût le cadavre du reptile et, après quelques secondes de concentration, en fait la description suivante :

- « Ah bah c’est long hein, et pis c’est marron, … et pis avec des yeux méchants ! Olala qu’y sont méchants ses yeux ! ».

À l’autre bout du fil, la voix douce et calme, demande plus de détails et insiste sur les écailles de la tête. Y en a-t-il beaucoup, sont-elles larges et plates et combien y a-t-il d’écailles entre l’œil et la narine. Puis précise :

- « C’est très important, ça peut sauver votre ami. ».

Cette dernière phrase met la pression au randonneur et lui permet d’affronter son dégoût et de s’approcher au plus près du cadavre inerte, voire de le toucher pour compter les susdites écailles. Sur la tête du serpent, l’homme remarque de grandes écailles, pas très nombreuses, bien disposées et plates. Il compte aussi une seule écaille entre l’œil et l’écaille nasale. Fièrement, il fait part de ses observations à la gentille voix du téléphone.

Quelques secondes de silence qui semblent durer les heures, puis la douce et calme voix du téléphone répond :

- « Ah … Une seule écaille entre l’œil et la narine, cela signifie qu’il manque l’écaille loréale. Donc le serpent qui a mordu votre ami est un élapidé, et vu votre position géographique, il s’agit très probablement d’une espèce mortelle pour l’homme. »

Décontenancé, l’homme sent ses jambes flagellées et pense défaillir. Un rapide coup d’œil à son compagnon, qui au pied de son arbre, commence à ressentir les premiers symptômes du venin mortel. Sa raison se trouble et il se met à délirer :

- « Au pied de mon arbre-eu, je gisais heureux … ! » Chante-t-il.

- « Qu’est-ce que je peux faire ? » demande l’homme à la gentille voix du téléphone.

Les deux hommes se connaissent depuis vingt ans maintenant, ils ont vécu des aventures extraordinaires à travers le monde, se sont soutenus dans les pires moments et se considèrent désormais comme des frères. Ils sont même plus que frères.

- « On n’a pas le choix, le temps que les secours arrivent, il sera trop tard. Il faut que vous aspiriez le venin à travers la plaie. »

- « Aspirer ? Mais avec quoi ? Nous n’avons pas d’aspi-venin ou autre truc du genre. » Répond-il, de plus en plus paniqué.

- « Alors utilisez votre bouche ! Où a été mordu votre ami ? »

Silence. L’homme réfléchi.

- « Il était en train d’uriner lorsque cela s’est produit … donc il a été mordu au … à la … euh, enfin vous voyez quoi. »

Silence géné. La gentille voix du téléphone réfléchit.

- « C’est la seule solution, vous n’avez pas le choix. Bon courage. »

Alors, lentement, l’homme appuie sur le petit bouton rouge du téléphone. Il transpire à grosses gouttes, la vie de son ami est entre ses mains.

Derrière lui, il entend la faible voix rauque de son compagnon de toujours :

- « Alors, coff-coff, qu’est-ce qu’ils ont dit ? coff-coff »

- « Euh … Ils … Ils ont dit qu’tu vas mourir. »

Donc avoir un minimum de connaissance en scalimétrie ophidienne est important. En effet, sinon comment savoir que l’absence d’écaille loréale permet de distinguer les élapidés des autres familles de serpents ? Bon dans l’exemple précédent cela n’aurait servi à rien, je sais.

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Envol de Budgerigars (Melopsittacus undulatus) dans le Diamantina Lakes NP.

Revenons à nos moutons. J’en étais à me demander si j’avais entre les mains un taipan à petites écailles ou un autre truc. Premier critère : l’écaille anale (bon alors, je t’arrête tout de suite, si tu rigoles quand tu lis « anale », tu peux retourner jouer avec tes Legos, c’est un blog sérieux ici !). Facile à voir vu que je tiens le serpent par la queue (non, sans dec, arrête de rire, c’est chiant, on dirait un gamin). Chez le taipan, cette écaille n’est pas divisée, là, elle l’est. Un rapide coup d’œil à la tête et je constate qu’il n’y a pas d’écaille temporale surnuméraire (je t’ai dit que c’est un blog sérieux. Cherche pas dans le dico, « surnuméraire » ça veut dire « en plus »). C’est définitivement pas un taipan.

De plus, l’animal s’énerve comme si je venais de lui mettre mon pouce dans le trou du cul (clin d’œil aux fans de South Park. C’est un blog sérieux merde …) et gonfle la nuque et tout et tout. C’est un Ingram. Point final.

Dommage.

Un autre critère aurait été de compter les rangées d’écailles au niveau du milieu du corps. Il y en a 17 chez le Pseudonaja et 23 chez le taipan.

Mais attends un peu mon neveu. S’il y a 23 rangs d’écailles contre 17 pour deux espèces qui sont relativement de mêmes diamètres, ça veut dire que les écailles sont plus petites chez le taipan ? Bah ouais, d’où le nom de taipan à petites écailles, Oxyuranus microlepidotus. De « Micro », petit – comme dans micro-ondes, micro-pénis, micro-ordinateur … et de « lepido », écaille – comme dans … comme dans plein d’trucs. C’est la même racine que Lépidoptère, les ailes à écailles des papillons. En effet, les ailes des papillons sont recouvertes de microscopiques écailles, c’est la « poudre » qu’on a sur les doigts après avoir touché un de ces insectes.

Qu’est-ce qu’on en apprend des choses ici ! J’arrive à vous raconter ma vie et vous instruire sur les patelins que je traverse puis je termine avec un cours de zoologie ludique en vous racontant une histoire drôle. Tout ça, en vous faisant rêver avec des photos qui déchirent sa race.

Vous pouvez envoyer vos dons à l’adresse qui défile en bas de votre écran. Mille euros minimum.

PS : si vous ne voyez pas s’afficher l’adresse en bas de votre écran, envoyez-moi un message avec votre nom. Juste histoire que je rigole un peu. ; )


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17 août 2009

I'm on the roll ...

Je sens que la chance commence à être de la partie. Ou est-ce tout simplement une question de météo. Il fait de plus en plus chaud et de plus en plus de reptiles sortent spontanément de leur retraire hivernale.

Australie_0127___16_ao_t___Mitchell_Grass_Downs

Mitchell Grass Downs en fleurs. Ça sent le printemps …

Hier, c’est un serpent brun d’Ingram (Pseudonaja ingrami) qui m’a montré sa frimousse sur le bord de la route. Il était 11H00, il faisait très chaud dans la voiture (mais pas assez pour mettre en route la clim, en fait j’essaie surtout de réduire la consommation d’essence car, vu l’itinéraire que j’ai choisi de suivre, la prochaine pompe est dans 800 km). Dehors, un violent vent de sud balayait la piste, créant ça et là quelques tourbillons de poussière. Je venais de prendre la piste qui mène à Coorabulka Station et je traversais ce qu’on appelle ici les Mitchell Grass Downs, vastes plaines d’argile grise où poussent quelques touffes d’herbe rase. L’argile profondément craquelée est un refuge tout trouvé pour la faune locale lors des longs mois d’hiver.

Soudain, tintin … une forme attire mon attention sur le côté droit de la piste. C’est long, c’est rouge brillant, des pupilles noir profond et une gueule, une gueule ! Une gueule sublime, noire et brillante avec des reflets bleutés. Je pile et cours vers la bestiole qui est heureusement toujours là à me menacer, prête à bondir, le corps en forme de S et cette magnifique bouche au baiser mortel.

Le corps est rouge foncé intense et brillant, la base noirâtre des écailles crée un motif réticulé hypnotisant. Rapidement, le serpent prend la fuite et cherche refuge dans une des fissures du sol. Il hésite à entrer dans la première crevasse ce qui me laisse le temps de l’attraper. Un peu trop entreprenant à mon goût, il commence à remonter vers ma main et, n’ayant aucune envie de me faire bouffer ici, ni là d’ailleurs, je lâche prise. L’animal retombe sur le sol, gonfle son cou à la manière des cobras (mais sans se dresser, d’où l’origine du nom de genre : Pseudo - naja) en guise de dernière menace puis, plus rapide que moi cette fois, réussi à se glisser silencieusement dans une galerie de rongeur.

Mon cœur bat à cent à l’heure, le sien aussi je pense, quelle rencontre !

Je continue ma route, plus excité et motivé que jamais. Arrivé à Coorabulka, je discute vite fait avec les fermiers et rempli le jerricane de flotte.

Une heure plus tard, sur la route du Diamantina Lakes National Park, j’évite de justesse un varan qui s’est planté en plein milieu de la piste pour faire bronzette. Là encore, je pile et cours hors de la voiture, appareil photo au poing cette fois-ci. Le reptile est tout plat et ne bouge pas. « Encore un varan carpette ! », me dis-je. Je m’approche quand même, juste histoire de savoir de quelle espèce il s’agit, et voilà que le saurien d’environ un mètre de long se dresse sur ses pattes et gonfle son corps afin de paraître plus gros qu’il n’est. Varanus spenceri, c’est son nom, magnifique animal au pattern composé de larges bandes transversales foncées sur un fond brun clair assez chaud. Je continue de m’approcher, on est jamais trop près comme on dit, ou alors y a que moi qui dit ça, je sais pas … bref, mon idée ne plaît pas trop à Monsieur qui commence à me foncer dessus la gueule ouverte. Et voilà Eric Sansault courant dans la poussière, poursuivi par un varan. Franchement, il n’y a nulle part ailleurs où j’aimerais être.

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Spencer’s Monitor (Varanus spenceri), autre habitant des Mitchell Grass Downs.

Le soir, je m’arrête au Gum Hole Campground du Diamantina Lakes NP. Il s’agit d’un petit plan d’eau permanent au milieu du complexe réseau de canaux à secs, en hiver, de la Diamantina River. L’endroit est une aubaine pour les spatules, pélicans, ardéidés et autres gravelaux à front noir. Si un jour, vous plantez votre camp au bord d’un plan d’eau dans le sud-ouest du Queensland, évitez que ce plan d’eau soit un dortoir à Little Corella, cacatoès de taille moyenne, bruyants, très bruyants.

Le lendemain, c’est-à-dire aujourd’hui, faut suivre un peu. Je prends la direction de Windorah. Je passe par Davenport Station puis prend la route de Monkira. Je double un cavalier qui se balade ici tout seul avec ses trois chevaux. Arrivé à Monkira, je serai sur la piste principale entre Bedourie et Windorah. Mais prenez une carte, ça sera plus simple.

La piste vers Monkira longe la Diamantina River, je suis vraiment au cœur de la région appelée « The Channel Country ».

Je roule à deux à l’heure afin de ne rien manquer. Un petit serpent traverse la piste à toute vitesse, impossible de le retrouver mais c’est quand même bon signe, deux serpents en deux jours à la mi-août, c’est vraiment motivant !

J’essaye de faire un peu d’ornithologie, je confonds un Australian Bustard (appelé désormais Australian Bastard) avec une souche qui sort de terre et je me pignole 20 minutes sur un Brown Falcon forme sombre, l’ayant pris au premier regard pour un Black Falcon.

Vers 14H00, je trouve un spot qui me semble intéressant et je considère que ça vaut le coup d’y rester quelques heures. L’endroit est parfait. Plaine d’argile rougeâtre avec fissures profondes et galeries de rongeurs à tout va. Je prends les jumelles et l’appareil photo et c’est parti pour chercher. La zone est très vivante, Crimson et Orange Chats et Gibber Bird décollent à mon approche. Des dizaines de criquets, papillons et grillons sont les principaux représentants des arthropodes (quelques araignées aussi, dont une Red-Backed Spider à identifier).

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Tu te réveilles au matin, tu regardes par la fenêtre et tu vois ça … et là tu souris.

Le soleil se couchant, je m’imagine déjà tombant sur le taipan de mes rêves et faire les photos de mes rêves avec la lumière de mes rêves. Je suis tellement au taquet que j’ai des poussées d’adrénaline lorsque je vois une branche sombre posée à côté d’un trou de rongeur.

Vers 18h00, le moral remonte de plus belle lorsque je tombe sur le fameux Long Haired Rat, proie quasi exclusive du taipan à petites écailles (ainsi que du Pseudonaja d’Ingram trouvé hier). Confirmant que cette zone semble vraiment propice. Les recherches reprendront demain matin.

Mardi : bonne journée de prospection, quelques Tympanocryptis se cachent dans les fissures. Deux dingos passent à 20 mètres de la voiture et s’arrêtent au pied d’un arbre à la recherche de nourriture. Pas mal de rapaces passent au-dessus de ma tête (les espèces habituelles : aigle australien, milan noir, faucons bruns …). Je trouve des pelotes de réjection contenant quelques os de micromammifères ainsi que des poils gris, probablement de rat à longs poils (seule espèce à la fourrure grise dans cette région aride). Mais pas de serpent. Le soir, je me fais peur avec Bag of Bones de Stephen King.

Mercredi : je recherche encore sur le même site jusqu’à midi, heure à partir il fait trop chaud, même pour les serpents, surtout qu’aujourd’hui le vent a beaucoup faibli. Après le déjeuner, deux tartines de nutella, je prends la route vers Monkira. Je décide de m’arrêter au prochain bon spot. Facile à dire mais plus dur à faire : toute la région est un bon spot. J’y vais donc au feeling, suivant mon instinct. Je roule pendant environ 10km puis quitte la piste et m’arrête quelques centaines de mètres plus loin. En fait, statistiquement, il y a autant de chance de tomber sur un serpent sur la piste que partout ailleurs. Je m’éloigne juste pour éviter les nuages de poussière créés par une probable autre voiture et ainsi laisser les fenêtres du Patrol ouvertes sans risquer que l’habitacle ne ressemble à un chantier archéologique. Précaution bien vaine puisque aucune voiture n’est passée ici aujourd’hui.

Rapide prospection entre 13 et 14h, histoire de voir si la zone est potentiellement intéressante, et elle l’est, et histoire de faire aussi connaissance avec mes nouvelles copines les mouches, toujours aussi nombreuses et collantes et je m’interroge encore quant à leur rôle dans le réseau trophique local. Il fait vraiment chaud, l’absence de vent y est pour beaucoup, je retourne à la voiture pour la sieste salvatrice. Je ressors vers 16h, trempé de sueur, pas forcément reposé, mais toujours très motivé. La lumière commence à être rasante et plus chaude, j’espère en profiter et faire des photos. Je ne prends que le strict minimum : un boîtier et deux objectifs, un 105mm monté sur le boîtier et un petit 35mm dans la poche. À 17h30 heure locale, une forme attire mon attention. Cela aurait pu être la énième branche gisant sur le sol ou la énième pierre oblongue luisant au soleil, mais non, ça bouge, ça serpente, ça s’éloigne, ça être un serpent. Cours Forest ! Cours ! J’arrive juste à temps pour attraper le bout de queue qui traîne à suivre le reste du corps dans une fissure du sol. J’essaye délicatement de tirer l’animal hors de sa cachette pour ne pas le blesser. Les quelques secondes que dure cette lutte acharnée me laissent le temps d’analyser un peu la situation : le corps est large et musculeux, les écailles sont lisses, la couleur est rouge sombre brillant, le ventre jaunâtre tirant sur le rouge vers la partie antérieure du corps. Le verdict tombe : il s’agit vraisemblablement … d’un Pseudonaja d’Ingram ! Une belle femelle, je suis bien placé pour voir ça, adulte, d’environ un mètre vingt. Petite déception – j’aurais préféré un taipan à petites écailles – qui laisse rapidement place à l’euphorie de pouvoir enfin faire des photos de serpent.

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Pseudonaja d’Ingram, femelle adulte dans les plaines arides de l’Ouest Queensland.

Pas vraiment ravie d’être ainsi interrompue dans sa chasse de fin d’après-midi, la belle sort le grand jeu et devient menaçante. Beaucoup de sifflements, de gueule ouverte, de nuque aplatie et de fausses attaques, beaucoup de bluff en réalité. Bluff nécessaire mais surtout très utile et parfois suffisant, car il faut que vous le sachiez, et pas seulement dans la colle, la fabrication du venin est un procédé très coûteux pour les serpents et, dans un milieu aussi aride que celui-ci, où la rareté des proies n’a d’égale que la difficulté de les débusquer dans ces immenses réseaux de galeries souterraines, les serpents se doivent d’immobiliser leur proie le plus rapidement possible en un minimum d’essais. Ainsi, les ophidiens de ces régions utilisent rarement le venin comme moyen de défense, pas question de gaspiller ce précieux liquide quand il suffit de paraître plus gros ou plus bruyant qu’on ne l’est.

On voit souvent le venin comme un mélange mortel – pour nous - mais on en oublie cependant son rôle vital – pour eux.

Bref, revenons à notre magnifique Peudonaja d’Ingram. Après quelques minutes de fureur, le serpent se calme enfin et je peux commencer à faire des photos. Mes mouvements, aussi lents soient-ils, font réagir l’animal et je décide de garder mes distances : pas moins de 50 cm. La précédente explication sur l’utilisation modérée du venin comme moyen de défense est rarement une réflexion de terrain, surtout à moins d’un mètre d’une bestiole mortelle, surtout à deux kilomètres de la voiture, surtout à 200km de l’hôpital le plus proche.

Après une vingtaine de minutes, le temps passe vite quand on s’amuse, il est temps de laisser madame vaquer à ses occupations.

Au bout de quelques secondes, il semble qu’elle ait déjà oublié sa mésaventure, sa fuite devient alors une balade tranquille durant laquelle elle s’arrête pour humer son environnement avant de repartir, confiante et puissante, mais si fragile à la fois.

Et je la regarde s’éloigner lentement sous le soleil couchant, cherchant minutieusement une fissure dans laquelle passer la nuit. C’est beau la nature. Quand je pense que Dieu n’a rien à voir là-dedans ...

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Pseudonaja d’Ingram en promenade de fin d’après-midi.

Le soir, je trie mes photos et je me prépare les deux dernières courgettes qui ont littéralement explosé à cause de la chaleur. Je ne peux m’empêcher de sourire en repensant à cette séance photo. Je vais bien dormir.

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Branleur ? Ouais, mais j’assume.


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14 août 2009

Chacun ses goûts ...

Je viens de traverser Boulia et je longe la Burke river en direction de Bedourie. J’ai planté le camp dans le bush et fait des photos du coucher de soleil avant de dîner. Pendant que les nouilles cuisaient, un petit agamidé (Tympanocryptis tetraporophora) est venu me dire bonsoir. Très docile, il s’est laissé prendre en photos durant quelques minutes.

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Tympanocryptis tetraporophora vers Bedourie, Qld.

La route jusqu’à Windorah va être longue, il le faut si je veux arriver à la fin de l’hiver, et j’espère passionnante.

Si j’écris ce soir, c’est parce que j’ai eu cette idée de dire quelques mots sur le côté artistique de la photo nature. En règle générale, la nature c’est le bordel. Il y a toujours une branche qui gène, les arrières plans ne sont pas toujours esthétiques, sans parler des problèmes d’éclairage.

Alors, on peut modifier certains éléments du décor : enlever la branche qui gène discrètement ou à la nuit tombée, ne pas hésiter à « balayer » entre le sujet et l’objectif afin d’éviter les reflets disgracieux causés par une feuille ou une brindille.

Pour les arrières plans, c’est plus compliqué, il faut parfois changer complètement d’angle de prise de vue, ce qui implique de devoir parfois attendre des heures avant d’obtenir une bonne lumière. Par exemple, vous voyez un matin quelques oiseaux prendre leur bain au bord d’une mare et vous décidez de faire des photos. La lumière du matin n’est pas trop dure, vous tournez le dos au soleil et avancez à plat ventre dans la boue centimètre par centimètre. Arrivé à bonne distance, vous vous rendez compte que certaines pierres sont très proches et trop présentes dans l’image. En se plaçant de l’autre côté, le problème est résolu, mais il faut attendre des heures que le soleil tourne. Une meilleure observation aurait permis d’anticiper et de gagner du temps. En général, cette préparation se fait avant de s’installer et permet de penser son image avant de la faire mais aussi de mieux utiliser son matériel. Choisir sa focale à l’avance évite de transporter trop de matos. À quoi bon prendre le multiplicateur si on peut s’approcher très près, et, si le décor est propice, on peut prendre un objectif grand angle afin d’avoir une vue globale de la scène.

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En emportant uniquement le nécessaire, on peut réagir plus rapidement et moins déranger l’animal. En témoignent ces deux images prises à quelques secondes d’intervalle, l’une au 300mm et l’autre au 20mm.

J’aime bien cette notion un peu théâtrale de la photo de nature, car commencer à penser son image, choisir le bon objectif et le bon angle de prise de vue, cela revient à préparer la scène sur laquelle les acteurs vont venir jouer.

Attention, je ne parle pas d’installer un affût des jours en avance ou de planter une branche pour attirer des piafs. C’est encore plus simple que ça, il suffit parfois de se déplacer de quelques centimètres pour faire oublier une clôture électrique ou un bouchon de bouteille qui traîne par terre.

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Souvent on sait que c’est moche, mais on fait la photo pour le souvenir …

Cela demande quelques capacités d’observation ainsi qu’un certain sens esthétique (ou un sens esthétique certain, c’est encore mieux) et cela fait la différence entre une photo de merde et une photo moins de merde.

Enfin, le plus important, je l’écris afin de ne pas l’oublier moi aussi, si rien y fait, si la scène est hideuse et la lumière pourrie, pourquoi déclancher ?

Être un bon photographe c’est aussi savoir quand de pas déclancher. Et croyez-moi, c’est dur, très dur, surtout quand on visite un nouveau pays. Trop souvent le jeu des acteurs est si bon qu’on en oublie que le décor est à chier. Alors on shoot, on fait 10, 20, 30 images et, le soir, à l’heure de l’éditing on supprime les 10, 20, 30 images pas assez esthétiques.

L’esthétique, c’est aussi une question de point de vue. Certains diront : « Ah bon ? Tu trouves ? Non, j’aime bien moi, le fil barbelé en arrière-plan. Ça fait Auschwitz. » ou encore : « Meueueu non, on la voit pas la bouteille de Coca ! Et pis c’est la nature, faut faire avec, hein ! ».

On peut aller loin comme ça. Certains, et cela rappellera des souvenirs à au moins une personne qui, si elle se reconnaît, pourra poster un petit commentaire en souvenir de l’époque où je venais l’embêter dans son bureau avec mes questions d’étudiant à deux euros. Certains disais-je, avant d’être grossièrement interrompu par moi-même, poussent le mauvais goût jusqu’à faire des photos d’animaux morts (en l’occurrence d’insectes) en les mettant en scène afin de les faire passer pour plus vivants qu’ils ne le sont. Quelle rigolade de s’amuser à chercher les trous d’épingle dans les élytres de tel ou tel coléoptère !

Quant à celles et ceux qui ont encore des doutes sur leur sens du beau, qu’ils aillent visiter un cabanon de chasse. Si l’alternance renard mort, belette morte, chevreuil mort sur fond de plancher en chêne verni et moquette verte réveille le poète qui sommeille en eux et rend telle zone de leur anatomie plus dure ou telle autre plus humide, qu’ils laissent tomber la photo et se lancent dans le canevas.

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Une jolie scène, un milan noir se pose pour boire à proximité d’un ibis falcinelle sous une chaude lumière de fin d’après-midi. Malheureusement, la clôture en arrière plan vient tout gâcher.


Posté par acanthophis à 09:27 - Technique - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

11 août 2009

Boodjamulla, le serpent arc-en-ciel.

Je viens de quitter Lawn Hill NP, ou, en nom aborigène, Boodjamulla National Park. Jusqu’en 1976, Lawn Hill Station était une ferme d’élevage de plus de 11000 km2, propriété du Brésilien Sebastiao Maia, dit « cattle king », depuis 1975. La station avait appartenu à plusieurs éleveurs depuis les années 1860, s’agrandissant d’année en année et devenant la plus grande ferme du Queensland.

En 1984, Sebastiao Maia céda une grande partie du domaine au gouvernement australien qui le classa Parc National.

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Gorges de la Lawn Hill River, Boodjamulla NP.

Lawn Hill NP est une oasis au milieu du golfe de Carpentaria. Les eaux émeraude de la rivière Lawn Hill traversent des gorges de roche rouge. La végétation y est luxuriante et le parc est un refuge pour la faune sauvage. Plusieurs centaines d’espèces d’oiseaux profitent de la fraîcheur des berges ; Long-tailed Finch, Crimson Finch, Yellow-tinted Honeyeater et autres Great Bowerbird viennent s’y désaltérer tandis que, dans l’ombre, les Black Bitterns guettent les poissons distraits. La journée, crocodiles et tortues se chauffent entre les palmiers pendant que les Ta-ta Lizards (Ctenophorus caudicinctus, agamidé) se baladent sur les pentes abruptes qui surplombent la rivière.

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Great Bowerbird (Chlamydera nuchalis) s’activant à entretenir son nid.

La présence du peuple aborigène sur ces terres remonte à environ 30 000 ans. Les premiers occupants, le peuple Waanyi, appelaient cet endroit « Boodjamulla Country» ou Territoire du Serpent Arc-en-ciel. Selon le peuple Waanyi, Boodjamulla, le serpent Arc-en-ciel, aurait créé les gorges de Lawn Hill ainsi que cette oasis permanente. Aujourd’hui encore, les gorges servent à des cérémonies rituelles. En témoigne la présence de nombreuses peintures et gravures aborigènes. Certains lieux, comme Island Stack ou encore la grotte du Wild Dog Dreaming, sont sacrés pour le peuple Waanyi et il nous est demandé de ne pas prendre de photos.

En descendant la rivière on rencontre de nombreuses cascades dues aux barrages d’une roche calcaire très fragile appelée tufa. Il y a des millions d’années, l’accumulation de débris végétaux en tout genre ralenti les cours d’eau riches en limons. Ensuite, l’évaporation fixa progressivement le calcaire sur ces débris créant des designs dont certains auraient pu sortir tout droit de l’imagination de H.R. Giger.

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Tufa, formation calcaire le long de la rivière Lawn Hill.

Du haut de Constance Range on peut admirer la vaste plaine aride au milieu de laquelle serpent la rivière Lawn Hill. Le matin, lorsque les cacatoès réveillent la forêt et que les rapaces s’élèvent dans un ciel bleu profond, on se laisse facilement emporter dans ses pensées.

Les Aborigènes disent que la terre ne leur appartient pas, mais que se sont eux qui appartiennent à la terre. Quelle est effectivement la place de l’Homme sur cette planète ? On se sent si petit devant de telles immensités.

En marchant dans la plaine, les milans tournoyaient au-dessus de ma tête, attendant le moment où je m’écroulai, mort. Certains dirigent le Monde, d’autres rassemblent les foules, d’autres encore se prennent pour Dieu, détruisent ou construisent. Mais peut-être ne sommes-nous que ça : un tas de viande qui marche et qui pense. Notre intelligence nous a sorti de la condition animale, mais ne nous a toujours pas permis de connaître notre place dans ce monde. Nous, êtres hors nature, avec nos sentiments, nos visions et nos principes logiques, nous sommes remis en place par ce système que peu connaissent et encore moins comprennent. Ce système naturel, certains en ont peur et le détruisent car il les met en face de leurs faiblesses, il les met en face d’eux-mêmes. Car c’est bien la nature, et par là j’entends la nature sauvage mais aussi notre nature, nos instincts et nos peurs, qui nous révèle en tant qu’être humain. Autrement dit, c’est la nature qui, nous rappelant à elle et nous exacerbant, nous révélant, fait de nous des êtres humains.

Ceux qui la fuient se fuient eux-mêmes ; ceux qui la détruisent se détruisent eux-mêmes ; ceux qui la respectent se respectent eux-mêmes. Moi, je la prends en photo, quel narcisse !

Je ne peux que conseiller à toute personne, en particulier à toute personne de pouvoir, qu’elle soit PDG d’une multinationale, dictateur en activité (ou en devenir), ou simplement parent, de se planter devant de tels paysages (pas forcément ici, c’est loin), de regarder et de comprendre ce qu’elle a sous les yeux.

Le premier ou la première qui me dit qu’il y voit un centre commercial ou un aéroport international, j’y fous mon poing dans la gueule.

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Vue extraordinaire de Constance Range, à la tombée du soir.

Plus au sud, juste avant d’atteindre la rivière Gregory, on peut visiter une petite partie d’un site classé World Heritage Area, le Riversleigh D-Site.

C’est quoi donc que ce D-Site ? Il s’agit d’un des plus importants dépôts de fossiles de la zone de Riversleigh. Le site s’étend sur plus de 10 000ha mais seule une infime partie est ouverte au public.

La gestion est confiée à l’université du NSW ainsi qu’à l’Australian Museum.

Riversleigh présente des fossiles datant de l’Oligocène, il y a 25 millions d’années, qui sont d’une incroyable diversité. Plus de 300 espèces animales ont été trouvées sur le site. De l’escargot au crocodile d’eau douce de 5 mètres en passant par des lions marsupiaux et des oiseaux de 2,5 mètres de hauteur (et oui, pas d’envergure !).

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Fémur de Big Bird, oiseau de 2,5 de hauteur vivant il y a 25 millions d’années.

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Purple-crowned Fairy-wren le long de la Gregory river. Suffit pas d’avoir une plume dans l’cul pour avoir l’air d’un coq.


Posté par acanthophis à 03:59 - Australie - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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