03 juillet 2009
Couleuvres européennes et australiennes
Les Colubridae représentent environ 60% de toutes les espèces de serpents connues à ce jour. Plus de 1800 espèces réparties à travers toute la planète et ayant colonisé les milieux les plus variés.
En Europe, le genre Natrix est inféodé aux zones humides, les trois espèces (ou quatre, selon les auteurs) sont spécialisées dans la chasse subaquatique et se nourrissent de poissons et d'amphibiens.
L'Australie est le continent sur lequel la proportion de Colubridae est la plus faible au monde. En effet, et malgré l'incroyable diversité de ses biotopes, l'Australie abrite seulement 10 espèces de Colubridae, pour environ 200 espèces de serpents.
Le seul Natricinae australien porte le nom barbare de Tropidonophis mairii. Cette espèce occupe la même niche écologique que les Natrix européens (couleuvre à collier ou encore couleuvre vipérine, pour ne parler que des espèces présentes en France).

Couleuvre à collier - Natrix natrix - sur l'étang du Louroux, en Touraine.

Tropidonophis mairii lors de l'ingestion d'une grenouille - Rana deameli - le long d'une rivière de la péninsule du Cap York, QSL.
Les Natricinae sont de très bons nageurs et peuvent rester en apnée durant de longues minutes. Certaines espèces ont les yeux assez haut-placés ce qui leur permet de surveiller leur environnement tout en étant immergé (genre Nerodia d'Amérique du Nord). Ces espèces possèdent des écailles dorsales fortement carénées, ce qui leur donne un aspect rugueux.
Bien qu'il existe certains genres venimeux (Xenochrophis en Asie, par exemple), les Natricinae sont inoffensifs pour l'Homme.
Que d'aventures !
Paff ! Le bruit résonne dans la forêt tropicale du parc national d’Iron Range. Quelques secondes et la cacophonie reprend, les insectes d’abord, puis les oiseaux. J’ouvre mes mains, je l’ai eu, ce moustique de malheur ! Et alors que je l’éjecte vigoureusement d’une pichenette, je me demande s’il existe des espèces de moustiques en voie de disparition.
Carolina me sourit et me dit : « Tu le mérite bien, après toutes ces mésaventures ! ». Je lui souris aussi et reprends mon appareil photo. Sur l’écran du boîtier, je regarde encore une fois la photo du python vert trouvé cette nuit. Un rêve de gosse.
Il y a deux jours, j’entamais la remontée de la péninsule du Cap York. Sept cents kilomètres, dont 600km de piste, depuis Mossman. La dernière nuit sur la plage de Mossman était très agréable et le lendemain matin, avant de partir, je fais quelques photos du lever de soleil. Au loin, j’aperçois les lumières de Port Douglas.

La ville de Port Douglas, vue de la plage de Mossman, QSL.
Le parc national d’Iron Range est situé sur la côte Est de la péninsule du Cap York, mais il n’existe aucune route ou piste qui longe la côte, il faut prendre la « Peninsula Development Road », à l’intérieur des terres. Comme son nom l’indique, c’est une route en développement, cela signifie qu’il faut aimer la poussière et les graviers. Selon la portion arpentée, ma vitesse varie de 20 à 80km/h. Donc, je ne fais pas vraiment de pronostics sur le jour d’arrivée à Iron Range.
Je suis fier d’être le seul débile qui ne roule pas 4x4 à 120 à l’heure. D’autant plus fier que la courroie de l’air conditionné est cassée, qu’il fait 50°C dans la voiture et que le taux d’empoussièrement atteint 100% quand je croise un pick-up ou un gros 4x4. Alors je régule en ouvrant et fermant ma vitre avec arrogance, sorte de message envoyé aux riches retraités qui me doublent à toute allure au volant de leur V8 - 4, 6L. À bas les 4x4 !
La route est bonne, pas de nids-de-poule, assez large et régulière. Main gauche sur le volant, bras droit par la fenêtre, lunettes de soleil et Pink Martini dans les oreilles. La classe. Un nuage de poussière m’indique qu’une voiture approche, je remonte la fenêtre et ralenti. Lui va très vite et lorsque nous nous croisons … BAM ! ma vitre explose en mille morceaux. Du coup, c’est moins la classe. Plus de poussière à l’intérieur qu’à l’extérieur, des bouts de verres partout et la colère qui monte, j’arrête la voiture et sors en gueulant. Les insultes sortent tout seul, ça fait du bien. Je claque la portière et les morceaux de vitre qui restaient encore accrochés au cadre tombent dans un raffut de tous les diables. Dans ces cas-là, on se sent un peu seul. Après avoir nettoyé la voiture et essuyé le sang sur mes mains, il faut reprendre la route. Dix minutes plus tard, je me mets à rire. Ce n’est pas tous les jours que la fenêtre de la voiture éclate à cause d’un gravier sur une piste de la Péninsule du Cap York.
Arrivé à Coen en milieu d’après-midi, je prends de l’essence et décide d’arrêter pour aujourd’hui. Je dors dans le bush, à côté de l’aérodrome de Coen. Je prends des photos des termitières géantes et trouve un lézard apode, Lialis burtonis, de la famille des Pygopodidae. Appelés ici « Snake-Lizard », ces reptiles ressemblent beaucoup aux serpents mais sont en fait des lézard ayant perdu leurs membres.
Lialis burtonis, lézard apode. Cape York Peninsula, QSL.
Le lendemain, je m’arrête rapidement à Archer River Roadhouse, où l’on me donne un grand sac-poubelle pour « réparer » ma fenêtre. C’est reparti ! Main gauche sur le volant, bras droit qui tient le sac-poubelle, lunettes de soleil et Pink Martini dans les oreilles. La classe. Avant de partir, j’ai bien demandé si je pouvais accéder au parc avec ma voiture. A priori il n’y a pas de problème, juste deux ou trois rivières à traverser mais elles ne sont pas hautes. En général je me méfie de ce genre de réponse.
Cinquante kilomètres après Archer River, j’aperçois la piste qui va vers le parc. En continuant tout droit sur 200km, on arrive à Cape York et en prenant à gauche on se dirige vers Weipa. La piste vers le Parc National débute sur la droite. Plus que 80km.
Première rivière, tranquille. Seconde rivière, tranquille. Troisième rivière, tranquille. Quatrième rivière … Tient, une quatrième rivière ?! Je descends pour sonder. Il y a beaucoup de sable, mais ce n’est pas très profond. Un mec qui venait de traverser, avec son Toyota, bien sûr, me donne un conseil avisé : « Roule sur les cailloux, et ne t’arrête pas ! C’est pas profond». Merci Ducon, au milieu de la rivière, mes roues patinent dans le sable et me voilà bloqué. Un 4x4 arrive et me tire de là. Vive les 4x4 !
Cinquième rivière … Aller là ! Faut arrêter la kermesse ! Je descends pour sonder. J’ai de l‘eau jusqu’aux genoux et le fond est tapissé de grosses pierres. Hors de question de tenter le coup.
Je suis bloqué à 20km du Parc d’Iron Range, seul spot à Python vert dans toute l’Australie. Comme on dit : « C’est ballot ! ».
Ni une, ni deux, le sac à dos est bouclé avec réserves d’eau et de nourriture, le sac photo en contrepoids sur le ventre et me voilà parti. Je fais du stop, mais les voitures ne s’arrêtent pas ou alors elles sont toutes pleines à craquer (quoique, parfois …). La nuit arrive, je suis mort. Je plante la tente à l’écart de la route, je reprendrais demain. Je me balade sur la piste et fais des photos de libellules lorsque qu’une voiture arrive. Le gars est tout seul, il a de la place, super. Il me dit de monter dans la voiture qui suit. Danny conduit, lui et son boss se dirigent vers Lokhart River, ville côtière à laquelle on accède en passant par le parc. Parfait ! Ils ont été appelés pour réparer le frigo du supermarché de Lokhart, ils sont en retard et roulent à toute allure. Au détour d’une colline, le bush laisse la place à la forêt tropicale, c’est magnifique.

Termitières géantes dans le bush du nord Queensland.
Danny me dépose à la base des Rangers où je rencontre Peep, qui, très gentille, m’emmène jusqu’au Cook Hut Campground et m’indique le spot à Pythons verts. Le soleil se couche, les vols de spatules et de guêpiers noircissent le ciel. Au loin, à travers mes jumelles, j’aperçois un Black-necked Stork, grand Ciconiidae de plus de deux mètres d’envergure et au bec démesuré. Le camp est plein mais je trouve quand même une place pour la tente. Derrière moi, une voix me dit : « Alors, t’as quand même réussi à venir ! T’as pas trop marché ? ». C’est Carolina, elle, son mari et sa belle-sœur se sont arrêtés quand je faisais du stop mais leur voiture était pleine à craquer. On discute autour d’un verre de vin, australien of course, et je leur propose de me suivre cette nuit à la recherche des serpents. On fait le tour du camping pour rassembler des volontaires et, vers 19h30, nous voilà partis, les lampes torches allumées, prospectant les bords de la piste à la recherche du rare python vert. Malheureusement, ils me quittent au bout de quelques minutes car ils ont beaucoup de route le lendemain. Vers 21h00, une forme attire mon attention, la chose est proche du sol, immobile et d’un vert brillant, caractéristique. Je m’approche lentement et constate qu’il s’agit … d’une canette de bière !
Vers 21h04, une forme attire mon attention, la chose est proche du sol, immobile et d’un vert brillant, caractéristique. Je m’approche lentement et constate qu’il s’agit … d’un python vert adulte !
Lors de la saison sèche, les pythons sont très rares. La journée, ils se cachent de la chaleur sous des souches ou des arbres creux et ne sortent que la nuit pour chasser. Ils passent la nuit sans bouger, suspendus à une branche, à seulement quelques centimètres du sol, attendant patiemment le passage d’une proie. Durant la saison des pluies, on peut les trouver en pleine journée, en posture typique de repos, la tête protégée au milieu des annaux du corps.
Donc voilà, ça déchire et pis c’est tout.
Python vert – Morelia viridis – dans le Parc National d’Iron Range, QSL.
Je reste encore une nuit au camp, je ne veux pas laisser la voiture isolée trop longtemps, surtout avec une fenêtre cassée. Je ne trouve aucun serpent la seconde nuit. Le lendemain, mercredi, quelqu’un me prend en stop et me ramène à la voiture. Ça valait le coup de venir.

Forêt tropicale humide d’Iron Range NP, péninsule du Cap York, QSL.
A bientôt,
Eric
photo du mois - Juin 2009 - Le Python Vert
Le python vert – Morelia viridis (ou Chondropython viridis, c’est pareil) est un serpent qui, comme son nom l’indique, fait partie de la famille des Pythonidae. Il n’y a pas 36 familles chez les serpents, juste une douzaine, selon les avis, et les pythons se partagent l’affiche avec les boas dans le style « gros serpents qui mangent des grosses bestioles en les étouffant avec leurs gros muscles ». Bon, c’est un peu basique mais pas complètement faux.
Ces deux familles regroupent en effet les espèces de serpents les plus massives (comme l’anaconda vert, représentant des Boidae ou encore le python réticulé, Pythonidae asiatique). Mais certaines espèces sont parmi les plus petites du monde (voire les genres Candoia ou encore Antaresia).
Tous les pythons et boas sont des animaux constricteurs, c’est-à-dire qu’ils tuent leurs proies d’une manière très propre. Tandis que nous égorgeons les cochons et les regardons se vider durant de longues minutes, tandis que nous hachons à la chaîne des poulets entiers pour en faire de succulents hamburgers que nous mangeons avec nos doigts, les pythons et boas ne mangent pas avec leurs doigts, eux. Ils attrapent leurs proies avec leurs mâchoires et les étouffent dans leurs annaux. La mise à mort est en général assez rapide, en tout cas plus rapide que celle d’un taureau dans une arène espagnole.
Toutes ces espèces évoluent dans des biotopes très variés, essentiellement sous les tropiques (sauf certaines espèces, genre Eryx par exemple), des plaines humides du Pantanal aux déserts du centre australien, en passant par les forêts humides d’Angola. Ça fait rêver.
Le python vert est une espèce arboricole des forêts tropicales de Nouvelle-Guinée et de la Péninsule du Cap York, au nord du Queensland, en Australie. Il chasse à l’affût, se tenant immobile durant des heures, attendant patiemment le passage d’un micromammifère ou d’un piaf qu’il détectera à l’aide de récepteurs thermosensibles situés sur ses lèvres (les six petits trous sur la lèvre inférieure et les trois fossettes sous la narine, voir photo). Quelle merveille ! La vision thermique chez des bestioles aussi primitives !

Python vert – Morelia viridis – en chasse dans la forêt tropicale d’Iron Range NP, Queensland.
Le python vert illustre un bel exemple de convergence évolutive, créant un duo avec le Boa émeraude d’Amérique du Sud (Corallus caninus). Ces deux espèces occupent les mêmes milieux, se nourrissent du même type de proies et ont des morphologies similaires. De taille moyenne (1.5 à 2 mètres), de couleur identique – vert chez les adultes, jaune ou rouge chez les juvéniles - ils présentent les mêmes postures de chasse et de repos. Tout pareil, à ceci près que le python est ovipare alors que le boa est ovovivipare (c’est justement ce qui différencie les deux familles, plus un truc avec les mâchoires, mais j’ai oublié).
See ya next month !
23 juin 2009
Nouvel album : Australie (comme de par hasard ...)
Bonjour à toutes et à tous,
L'album photo sur l'Australie est tout juste créé. Regarde à gauche ... non, l'autre gauche.
"Quelle réactivité !" diront certains. Et oui, je sais, deux mois pour poster plus de 60 images, c'est un record. Et cela ne m'a pris que 15 minutes. Trop fort !
Mais le plus fort n'est pas là. En effet, derrière tout projet artistique (pouf pouf) il y a une réelle démarche motivée par des convictions personnelles tenaces, qu'elles soient politiques, théologiques ou encore affectives. Et la raison première, la source inspirationnelle, la racine de l'arbre de la création ou encore, comme on dit ici, le background, pour lesquels j'ai créé cet album photos sur l'Australie est qu'en ce moment je suis en Australie et que je fais des photos de l'Australie.
Quelle profondeur.
PS : l'adjectif "inspirationnel(le)" sera dans le Petit Robert 2012, je suis juste un peu en avance sur mon temps.
Morney Plains, suite et fin.
Vu la rapidité de l'Internet dans certaines régions de l'outback, on va faire vite :
Prospecté trois jours de plus sur Morney Plains - STOP - pas trouvé taipan - STOP - ai quitté Channel Country direction Longreach, QSL - STOP - ai éclaté un kangourou sur la route - STOP - attente réparations de la voiture - STOP - suis bloqué à Longreach, QSL - STOP

Toute la région de Channel Country constitue le réseau d'irrigation du lac Eyre.

Les sols sableux à spinifex sont privilégiés par les termites.

Les étendues arides de Channel Country, milieu du taipan à petites écailles.

La nuit tombe sur la route de Longreach. C'est à ce moment que l'homme avisé arrête de conduire s'il ne veut pas slalomer entre les vaches, les moutons ou encore les kangourous.
21 juin 2009
Contre-temps ...
17 juin – Mercredi
J’ai passé la fin journée d’hier à Windorah afin d’envoyer quelques emails et de me renseigner encore une fois sur le moyen de trouver les taipans en hiver. Le site WEB du GIBF (auquel je n’avais pas pensé jusque-là) m’a permis de trouver 4 points GPS où ont été trouvés des taipans à petites écailles. Je prends les coordonnées, les rentre dans mon GPS et, surprise, les 4 points se situent pratiquement à égale distance de ma position, vers le nord-ouest, sud-est … Je me situe donc au cœur de l’aire de répartition du serpent. Je décide de me rendre au point le plus proche, à 160 km, sur la route de Birdsville. La nuit tombe, je m’arrête sur une aire de repos pour dormir, à environ 60 km de ma destination. Le lendemain matin, je prends la voiture et me voilà parti sur mon premier « vrai » spot. Après environ 10 km, je regarde l’aiguille de température (reflex devenu vital, comme celui de vérifier tous les niveaux chaque matin) et je m’aperçois que la température est anormalement élevée et continue de grimper en flèche durant les quelques minutes pendant lesquelles je continue de rouler. J’arrête net la voiture au bord de la route et soulève le capot. Fumée blanche – pas bon – et liquide de refroidissement un peu partout sur le bloc moteur – pas bon du tout. Je mets le contact et du liquide refroidissement coule à mes pieds. Je suis à 120 km du garage le plus proche, en plein désert.
Je ne tarde pas sur place et décide de rejoindre la route de Windorah, un peu plus fréquentée que celle de Birdsville. Je prends le nécessaire dans un sac à dos et me voilà parti. Chance dans mon malheur, une voiture arrive. C’est un couple de retraités, Ian et Jane, de Newcasttle, NSW qui viennent de Birdsville et se dirigent justement vers Windorah. Ils m’emmènent jusqu’à la ville et après deux coups de téléphone passés par Bec du bureau d’information, me voilà chez Merve, le seul habitant qui semble toucher sa bille en mécanique. Merve et Sharon sont deux retraités qui ont grandi ici, ils habitent une maison à la sortie de la ville avec leur fils, Tony, et sa femme. Tony est pilote d’hélicoptère. Le garage et atelier de Merve occupent tout le sous-sol de la maison ainsi qu’une bonne partie du jardin. Pendant que nous rassemblons le nécessaire, Sharon nous a déjà préparé deux sandwichs qui nous avalons d’une traite. Nous prenons ensuite le 4X4 de Tony, qui n’est pas encore rentré du boulot, et nous attelons une remorque. Une heure plus tard, Merve a déjà les mains pleines de graisse et trouve rapidement le problème : un raccord entre le tuyau qui amène le liquide de refroidissement et le moteur est cassé. On extrait les débris, la pièce de plastique semble vieille, est poreuse et très fragile. Vers 17h00 nous arrivons à Windorah, où je gare la voiture devant chez Merve et Sharon.
Autre chance dans mon malheur : un avion de ravitaillement de la ville doit arriver demain et début d’après-midi. Merve appelle le responsable et lui décrit la pièce nécessaire. La pièce est disponible, tout est OK, il ne reste plus qu’à attendre le lendemain.
Sharon et Merve m’invitent pour le dîner et me font dormir dans la chambre d’amis, ils trouvent ridicule que je dorme dans ma voiture garée sur leur parking.

Merve et Sharon qui m’hébergent durant les réparations de la voiture.
Le lendemain, je vais lire mes emails à l’office de tourisme. Bec, à l’accueil, me dit que son cousin a récupéré un jeune serpent et le garde chez lui en attendant qu’il grandisse un peu pour ensuite le relâcher. Je rencontre le cousin, une armoire à glace de 2 mètres, avec la barbe et l’accent du coin bien prononcé. Il s’appelle Jabba, comme Jabba The Hutt, et c’est pas une blague ! J’ai donc la coche de Jabba The Hutt. Qui dit mieux ? Il garde le petit serpent dans une caisse en plastique et lui donne des grenouilles et des lézards, une vraie mère poule. Il pense qu’il s’agit d’un python de Children. C’est ce qui correspond le mieux aux photos dans son livre sur les serpents du Western Queensland. Je regarde la bestiole et constate qu’il ne s’agit pas d’un python et, après vérification dans le livre, nous mettons un nom sur l’animal : Denisonia vedisi ou Mud Adder (littéralement : Vipère de boue). C’est un jeune avec des couleurs chaudes et très contrastées, superbes. L’aire de répartition indiquée dans le livre ne couvre pas Windorah, je vais donc envoyer une photo au muséum de Brisbane pour qu’ils prennent note de la donnée. Par contre il est bien stipulé que cette espèce est venimeuse et potentiellement dangereuse. Et dire que c’est un gamin qui l’a trouvé près de l’école !

Denisonia devisi, ou Mud Adder trouvé par un enfant de Windorah.
En début d’après-midi, l’avion apporte la pièce à remplacer et nous passons la journée, avec Merve, les mains dans le moteur de la Holden. C’est une pièce provisoire, mais ça tient bien. La pièce d’origine arrivera lundi, cela me laisse le temps de retourner sur le terrain durant trois jours, ou plus. Je quitte donc Windorah en fin d’après-midi et me dirige vers l’ouest.

Banded Lapwing – Vanellus tricolor – nombreux dans les points d’eau qui bordent la route.
Je commence à connaître la route, puis de toute façon, c’est pas très compliqué, c’est tout droit. Je m’arrête sur quelques points d’eau provisoires pour observer l’avifaune locale. Yellow-billed Spoonbills (Platalea flavipes), Banded Lapwings (Vanellus tricolor), White-necked Heron (Ardea pacifica) occupent le terrain et s’envolent dès qu’un Wedge-tailed Eagle (Aquila audax) ou un Brown Falcon (Falco berigora) pointe le bout de son bec.

Brown Falcon – Falco berigora – en chasse avant la tombée de la nuit.
Vers 18h, je prends une piste de sable, direction « on verra bien », dans le but de trouver un endroit calme pour dormir. Des groupes de Kangourous roux et d’Emeux accompagnent le coucher du soleil. Ça déchire grave !

Rassemblement d’Emeux – Dromalus noveahollandiae. Je ne sais pas pour vous, mais moi, ça m’émeut.
PS pour la Dunnock Team : j’ai mes 100 coches piafs !
16 juin 2009
Premiers jours à Morney Plains, QSL - suite
Après plus de 1000 km parcourus depuis River Heads, me voici à l’extrême ouest du Queensland, dans un endroit appelé Morney Plains.
Il m’a fallu environs trois jours pour atteindre Windorah, puis Morney, 120 km plus à l’ouest. La route n’a pas été très palpitante, un premier arrêt à Murgon m’a permis de découvrir - redécouvrir – l’Australie profonde. Une fois n’est pas coutume, je m’offre une pinte de bière (XXXX, prononcez « Four X ») ainsi qu’un bon steak. Je passe la nuit au Caravan Park de Murgon, obligé de payer pour avoir la clé des douches – le gars est sympa, faute de monnaie sur 50 dollars, il accepte mon billet de 10 au lieu des vingt dollars que coûte la nuit. Une bonne douche, après une semaine sur île, c’est pas du luxe. La nuit est très froide, le duvet « - 20 » et la couverture polaire ne sont pas de trop. Le lendemain matin, je gratte le pare-brise.
Voilà, deux jours de route plus tard, j’arrive à Windorah. Fait étrange, il fait beaucoup moins froid ici, les nuits sont douces et les jours plus chauds. Dès que j’aurais Internet, je me renseignerais sur les microclimats australiens.
La première étape consiste à trouver les fameuses plaines argileuses craquelées par le soleil dans lesquelles évolue le taipan à petites écailles. Après une journée de prospection, c’est chose faite. Il ne me reste plus qu’à compter sur la chance car cette espèce se montre rarement, ne sortant de sous terre que se chauffer au soleil ou pour passer d’une galerie de rat à une autre.
Morney Plains, QSL. Lever de soleil sur l’habitat du taipan à petites écailles.
Le taipan à petites écailles se nourrit presque exclusivement d’une seule espèce de rat, le rat à longs poils (Ratus villosissimus), dont les populations sont en déclin dans le pays. Ce rat se rencontre dans le centre de l’Australie, là où je me situe, ainsi que dans le Nord-est du Territoire du Nord. Les populations de taipan sont très influencées par l’occurrence de cette proie, les années où les rats sont nombreux, les taipans ont des portées plus importantes et les individus sont plus gros.
Une des caractéristiques du taipan à petites écailles est qu’il change de couleur en fonction des saisons. L’été, les individus sont généralement assez clairs, avec une robe marron-jaunâtre ponctuée de petites taches sombres. Certains ont la tête noir brillant afin d’absorber un maximum de chaleur par un minimum de surface exposée, à la manière du python à tête noire (Aspidites melanocephalus) du nord du pays. L’hiver, les individus sont très sombres, voire complètement noirs, dans le but, encore une fois, de maximiser l’absorption de chaleur, mais cette fois en un minimum de temps, car les jours sont plus courts.
Le taipan à petites écailles (Oxyuranus microlepidotus) est appelé ainsi car les écailles de son dos sont plus petites que chez les autres espèces du genre. Il est aussi nommé, Western Taipan, Inland Taipan, Small-scaled Taipan, ou bien encore Fierce Snake. Cette appellation de « Serpent féroce » n’est due qu’à la haute toxicité de son venin, réputé le plus toxique chez les serpents terrestres. En effet, le taipan à petites écailles est d’un caractère plutôt placide, voire timide, et est peu enclin à mordre, même provoqué.
Par contre, si vous êtes mordus, ça craint un peu. Ce serpent est a priori le serpent terrestre le plus venimeux du monde. Ajoutez à cela que vous vous situez à une dizaine de kilomètres à pieds de votre voiture (même les 4X4 ne peuvent pas venir ici), elle-même située à environ 120 km de la ville la plus proche, Windorah, à partir de laquelle vous pouvez rejoindre l’hôpital de je sais pas où, mais il faut encore compter 500 bornes. Si vous êtes du genre pessimiste, et que vous pensez vraiment y rester, profitez-en pour faire des photos qui déchirent et prenant tous les risques. De toute façon c’est trop tard, et puis des photos à titre posthume, ça peut rapporter gros à vos enfants.
Moi, j’ai pas d’enfant. Mais j’aime bien faire des photos qui déchirent.
Python de Stimson – Antaresia stimsoni. Autre habitant de Morney Plains.

Bynoe’s Gecko – Heteronotia binoei – incroyablement nombreux ici.

Pogona vitticeps, agame très connu des terrariophiles.
Ctenotus astarte. Endémique du centre australien. Le trouver, c’est pas d’l’astarte.
A bientôt !
14 juin 2009
Premiers jours à Morney Plains, QSL
Salut,
Juste une petite vidéo pour vous parler du coin.
Hope I'll find this fu#&ing snake soon !
10 juin 2009
Fraser Island, QSL.
Résumé des épisodes précédents :
Voilà, la semaine est terminée. Les paysages étaient superbes, les eaux cristallines du lac McKenzie sont particulièrement agréables. Le lac Boomanjin est cependant mon préféré, avec ses plages de sable blanc traversées par les rivières aux eaux rougies par le tanin des arbres alentours. La faune est très amicale et se laisse photographiée assez facilement. Bar-shouldered Dove, Rainbow Bee-eater et autres Red-backed Fairy-wren font partie de l’avifaune que je n’avais pas encore vues sur le continent, même si ces espèces y sont présentes.

Bar-shouldered Dove (Geopelia humeralis), sur les bords du lac McKenzie.

Les eaux cristallines du lac McKenzie. Ou comment une bonne gestion du tourisme permet de conserver un milieu naturel.
Mais c’est notre rapide, trop rapide, escale au lac Boomanjin qui m’a le plus marqué. On a l’impression d’arriver sur la Lune. Les étendues de sable blanc sont traversées par de petits ruisseaux rougis par les forêts qui bordent le lac. La végétation éparse, les souches pourries et les arbres morts, témoins calcinés d’incendies plus ou moins volontaires, créent une ambiance à la fois angoissante et envoûtante. Un corbeau nous accueille avec son cri miaulé puis décolle de son perchoir et disparaît dans le ciel bleu profond. On se demande si la vie n’a pas quitté ce paysage désolé. Mais c’est là que la magie de l’Australie opère. On distingue soudain les cris des Fairy-wrens et des Kookaburras. Des nuées de White-cheeked Honeyeaters font revivre les arbres et le plongeon du balbuzard-pêcheur nous indique que ces eaux calmes et froides sont bien poissonneuses. Au fur et à mesure de notre progression, les traces de Dingos dans le sable nous montrent le chemin vers le camp.

Lac Boomanjin.
Eastern-striped Skink (Ctenotus robustus).
Les Lace Monitor ou Goannas (varans d’environ 1.5 mètre de long) se battent parfois sur le campground. Ils sont mignons, mais pas très fins, surtout quand on les attrape !
Lace Monitor (Varanus varius).
La côte Est de Fraser Island est simplement une ligne droite de plage. Cette plage, appelée par hasard « Seventy Five Miles Beach », est longue d’environ soixante-quinze miles (soit environ 121 kilomètres de plage). Pas mal hein ! Alors hiver ou pas, toujours est-il qu’il y a très peu de personnes sur cette plage, à part quelques pêcheurs, et des touristes en 4X4 roulant à 80km. Nous sommes restés deux nuits, campant sur les dunes et marchant de Dilli Village jusqu’à la piste sud qui mène au lac Wabby. C’est là que nous avons la connaissance des Dingos de Fraser. J’en avais déjà vu un sur le continent, puis un autre sur l’île, à Central Station, mais la plage reste un endroit privilégié pour eux. En effet, la mer apporte tout un tas de détritus et autres choses plus ou moins vivantes dont ces canidés se délectent.

La Seventy Five Miles Beach, autoroute pour 4X4.
Dingo (Canis lupus dingo) sur la plage de Fraser Island.
La particularité des Dingos de Fraser Island est qu’ils représentent les derniers individus de « race pure ». En effet, contrairement aux autres individus du continent, la population de Fraser Island est la seule qui n’a jamais été croisée avec les chiens domestiques. La race est d’ailleurs menacée à cause de ces hybridations – et aussi à cause des persécutions humaines – et les Dingos de Fraser sont heureusement protégés.
White-faced Heron (Egretta noveahollandiae).

Little Pied Cormorant (Phalacrocorax melanoleucos).
De retour sur la terre ferme, il faut désormais faire des courses et préparer le prochain trip : le centre de l’Australie, dans les plaines arides entre la rivière Diamantina et Cooper Creek, à la recherche du très discret Oxyuranus microlepidotus, ou taipan à petites écailles. Simplement le serpent le plus venimeux du monde.
01 juin 2009
Rainbow Beach et ses oiseaux.
Salut à tous,
suite à mon précédent message annonçant l'absence de photo du mois pour le mois de mai, les emails de protestation on littéralement envahi ma boîte mail. Pourtant, cela ne fait que quelques minutes que le message a été posté. Incroyible !
Pour me faire pardonner, voici quelques photos de piafs prises à Rainbow Beach, Queensland. Comme d'habitude, les photos sont superbes, ne me remerciez pas, j'aime vous faire rêver et apporter un peu de chaleur dans vos vies froides et tristes d'occidentaux stressés par la vie et pressés comme des citrons par un système qui ne cesse de vous faire croire que vous avez besoin de consommer pour être heureux.
Ici, il fait beau, le coffre de ma voiture est toujours aussi confortable, les douches des campings sont toujours aussi gratuites - si on sait éviter de se faire prendre par le gardien - et le wifi du McDo toujours aussi agréable - si on aime surfer au milieu des odeurs de graisse rance et des cris des mioches qui réveillent en nous nos instincts meurtriers.

Australasian Gannet - Morus serrator.

Beach Stone-curlew - Esacus neglectus.

Brahminy Kite - Milvus indus.

Crested Tern - Sterna bergii.

Eastern Curlew - Numenius madagascariensis.

Little Watlebird - Anthochaera chrysoptera.

Pied Cormorant - Phalacrocorax varius.

Pied Oystercatcher - Haematopus longirostris.

Rainbow Lorikeet - Trichoglossus haematodus.

Red-capped Plover - Charadrius ruficapillus.

Silver Gull - Larus novaehollandiae.

Whistling Kite - Milvus sphenurus.

White-bellied Sea-Eagle - Haliaeetus leucogaster.
Voilà pour aujourd'hui !







